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Portraits / Théâtre

Marc Woog, la pédagogie chevillée au coeur

par Corinne Denailles

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Après une formation de comédien au cours Florent, Marc Woog, 34 ans, a fait un pas de côté vers la psychologie clinique puis encore un pas de côté du côté des lettres (mémoire de master sur Olivier Py), puis un virage vers les métiers de la production théâtrale. À l’entendre, il rêverait de passer sa vie à étudier. Metteur en scène, auteur, enseignant de théâtre, en 2009, il fonde la compagnie l’Evaporée. La même année, le professeur de théâtre de ses années de jeunesse en Suisse lui propose de créer avec elle une classe option théâtre. Cette expérience fondamentale, scelle son avenir de pédagogue passionné. Il trouve dans le travail avec les jeunes un terrain de recherche, un laboratoire artistique partagé et offre aux jeunes des territoires intérieurs nouveaux à explorer (développement personnel, confiance en soi, sortir de soi et découverte de soi). En 2016, il rejoint la compagnie jurassienne de théâtre MiMesis. Il enseigne dans la filière Sports Arts Etudes (SAE) option théâtre du Canton du Jura, ainsi que dans les cours facultatifs des écoles. Auteur-coach pour la Fondation Suisse Roman d’école, il est membre du comité de la coordination jeune public du canton du Jura et du Jura bernois, membre du conseil de fondation de Cours de miracles (médiation et animation théâtrale en direction de la jeunesse), membre du comité du forum culture (fédère les acteurs culturels régionaux pour une mise en commun de leurs compétences en vue du développement culturel de la région selon plusieurs axes : création, action culturelle, logistique, politique culturelle) ; en projet l’ouverture du Théâtre du Jura en 2020 à Delémont, siège de sa compagnie. À Paris, il a travaillé pour la Ligue de l’enseignement, le Cours Florent et récemment le Théâtre de la Bastille. Vous avez dit hyperactif ?

Donner du sens
Marc Woog partage ses activités multiples entre Paris et Delémont toujours dans le domaine de l’action culturelle, parent pauvre des politiques culturelles. Il est convaincu de la nécessité du théâtre et de la création en général pour le développement et l’épanouissement des jeunes mais aussi, plus généralement, « pour remédier à la perte de sens généralisée qui corrode une société tournée presque entièrement vers le pragmatisme et la rentabilité. » Selon lui, le théâtre conduit à renouer avec soi-même, avec la beauté, « à se décentrer, se dépasser, participer à des projets collectifs, Susciter le désir de créer pour soi. Donner du sens ». Avec les plus jeunes le travail se nourrit d’improvisation, de digressions autour d’un texte, de jeux d’écriture, peu d’apprentissages de textes par cœur. Avec les adolescents, il monte un spectacle par an, autour du répertoire jeune public ; souvent le support initial est non théâtral et le travail assorti d’un débat : qu’est-ce que créer une scène ensemble ? Marc Woog privilégie des pratiques transdisciplinaires le plus loin possible du cadre scolaire.

Atelier au théâtre de la Bastille
« Le projet est né grâce à Elsa Kedadouche, directrice des relations avec le public du théâtre de la Bastille. Nous nous étions rencontrés à l’université. Il se trouve que le théâtre était en partenariat avec un lycée où l’artiste intervenant était débordé par des jeunes difficiles. Elle m’a demandé si je pouvais le remplacer. Tout s’est bien passé si bien qu’Elsa a eu l’idée de monter un projet dans le cadre du théâtre de la Bastille et c’est ainsi qu’est né l’atelier amateur en septembre 2017. J’aimerais bien maintenant un projet en direction des plus jeunes ». Il travaille pour la première fois avec des amateurs adultes : « un public hétérogène, des spectateurs aguerris passionnés de théâtre qui ont une grande exigence artistique, un peu intimidante car ils peuvent avoir un vrai regard critique sur mes propositions mais, justement grâce à leur connaissance du théâtre, nous avons pu élaborer rapidement des références communes très utiles pour notre travail. Paradoxalement, ils sont généralement très humbles, certains de leur médiocrité et ont besoin d’être rassurés. » Naturellement bienveillant envers autrui, Marc Woog cultive cette qualité, convaincu de son potentiel de créativité.

Les infiltré.e.es
Le projet s’inspire du spectacle de Jérôme Bel Cour d’honneur : « c’était la première fois que je voyais un spectacle qui mettait en scène des témoignages de spectateurs. Une grande humanité et beaucoup de légèreté se dégagent des créations de Jérôme Bel. Je trouverais formidable de proposer un spectacle de fin de saison qui mettrait les spectateurs sur le plateau ».
Les participants à l’atelier se sont infiltrés dans le public du théâtre de la Bastille ; ils ont vu quatre spectacles dans la saison et écrit un texte autour du spectacle vu, ou/et sur leur expérience de spectateur. Mais dans la conception du projet, le texte occupe une place mineure ; priorité est donnée au collectif, au mouvement et à la musique. Marc Woog confie que « l’élaboration du projet a demandé beaucoup de travail hors atelier pour veiller à ce que chacun soit à l’aise, en confiance, ne pas outrepasser les limites, les empêchements des uns et des autres et viser une grande simplicité, ce qui comme on sait est le plus difficile. » À noter qu’il tient à une création dans des conditions professionnelles grâce à la collaboration des membres de sa compagnie Mimesis. La compagnie a deux pôles de travail : l’éducation artistique et les ateliers amateur d’une part, et la création de spectacles professionnels d’autre part. En projet un spectacle, End party, qui tournera dans les musées suite à un appel à projet en Suisse.
Le spectacle de fin d’atelier était d’une grande qualité, inventif, drôle, plein d’énergie, homogène. Les participants enthousiastes, se sont presque tous réinscrits pour la saison prochaine. On ne peut que se réjouir du niveau d’exigence et du sens du collectif quand on connaît la profusion de mauvais cours de théâtre amateur.

Un choix personnel compliqué
Au cours de ces sept ans d’expériences théâtrales, il a créé deux à quatre spectacles par an, plus qu’un metteur en scène travaillant uniquement avec des professionnels. Une manière de constituer une boîte à outils riche et diversifiée. Pourtant inévitablement les professionnels ne reconnaissent pas facilement ce travail de l’ombre, voire portent un regard un rien condescendant sur ses choix. Cela chatouille l’ego, c’est certain. Cela pourtant n’entame en rien ses convictions. Militant passionné nourri d’une tradition de théâtre populaire en Suisse dans la lignée de la décentralisation théâtrale ; il rêve de porter le théâtre où il n’a pas ses entrées, d’une compagnie itinérante à la manière de Copeaux dont les spectacles intégreraient des spectateurs locaux, des publics particuliers et qui proposerait des formations aux pratiques transversales et pourquoi pas, emmènerait des jeunes en tournée une année entière sans oublier la nécessaire transmission d’un savoir qu’il a lui-même reçu. À l’instar de Marc Woog, ils sont nombreux à œuvrer pour l’éducation artistique et populaire et malheureusement, sauf exception, la plupart reste des travailleurs de l’ombre. Signe d’une société en perte de sens.

photo de Une : Les Infiltré.e.es.

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