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Critiques / Festival / Théâtre

Mahâbhârata de Satoschi Miyagi

par Jean Chollet

Épopée enchanteresse

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Pour la première utilisation de la Carrière de Boulbon par le Festival d’Avignon en 1985, Peter Brook avait réalisé une version théâtrale à partir de ce grand texte de légende de la culture indienne, adapté avec la complicité de Jean-Claude Carrière Une saga mythique de 9 heures qui en avait fait l’événement phare du 39ème festival. Aujourd’hui, c’est au tour du metteur en scène japonais, né en 1959, de réinvestir le site avec un de ses épisodes le Nalacharitam , qui, contrairement aux autres, ne porte pas trace d’épopée guerrière. Il s’agit d’une évocation de la vie amoureuse et conjugale du roi Nalan et de la belle princesse Damayanthi. Une histoire tourmentée sous le regard envieux des dieux, où, sous l’influence du démon Kali, douze en plus tard, les complots tendent à séparer le couple, condamné à quitter le pays totalement démuni et sans protection. Séparés, contraints à une errance solitaire, ils connaitront chacun différentes épreuves avant que des années plus tard, l’annonce d’un second mariage de Damayanthi provoque leurs retrouvailles, en confortant leur rang et leur amour. Happy end.

Directeur du Shizuoka Performing Art Center de Toga, depuis 2007, fondé par le grand metteur en scène, écrivain et philosophe Tadashi Suzuki en 1977, Satoshi Miyagi est considéré comme un grand novateur du théâtre japonais en s’inspirant avec maîtrise et liberté des formes traditionnelles du bunraku, du kabuki ou du kyogen. Ses créations associent les auteurs japonais contemporains, mais aussi les tragédies grecques ou Shakespeare. Pour la reprise de ce spectacle sur Avignon, il a confié à l’architecte – paysagiste, Junpei Kiz, une installation en forme d’anneau, à l’esprit symbolique, entourant l’espace scénique et le public. Celui-ci, une fois en place, ne perçoit que la partie d’un demi-cercle, comportant un niveau bas occupé par huit musiciens, surmonté d’une passerelle servant d’aire de jeu. Alors que retentit la musique de Hiroko Tanakawa, qui accompagne par ses rythmes et percussions toute la représentation, l’entrée des comédiens revêtus de magnifiques costumes blancs s’accompagne de la projection de leurs ombres sur les strates pierreuses de la carrière. Une belle image métaphorique, qui engage le récit par un narrateur, également porteur des voix de personnages. Se succèdent ensuite des scènes accompagnant le cheminement de l’histoire d’une rare beauté, associant au jeu des très bons comédiens, chorégraphies, masques, marionnettes, accessoires signifiants, qui concourent à la réussite de ce poème épique en tous points remarquable. Avec, ce qui ne gâte rien, de l’humour et une relation avec un théâtre populaire de grande qualité qui ravit les spectateurs.

Mahâbahârata – Nalacharitam, mise en scène et adaptation (avec Azumi Kubota) Satoschi Miyagi, avec dans les rôles de Nalan, Kouichi Ohtaka, de Damayanthi, Micari, entourés de 24 comédiens et musiciens. Paysagiste Junpei Kiz, musique Hiroko Tanakawa, costumes Kayo Takahashi, accessoires Eri Fukasawa, lumière Koji Osako, coiffure et maquillage Kyoko Kajita. Durée : 1 heure 50
Festival d’Avignon

photo© Christophe Raynaud de Lage

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