Du 20 février au 1er mars 2026, du mardi au samedi 20h, dimanche 1er mars 16h, au Théâtre des Bouffes du Nord.

Ma maison est noire, d’après les textes de Forough Farrokhzad, 
adaptation, mise en scène et jeu Mina Kavani.

La poésie, le théâtre et l’art, en guise d’opposition à la tyrannie.

Ma maison est noire, d'après les textes de Forough Farrokhzad, adaptation, mise en scène et jeu Mina Kavani.

Forough Farrokhzad, poétesse rebelle, cinéaste inventive, figure provocatrice de la liberté dans l’Iran des années 60, est l’une des inspiratrices du mouvement de l’émancipation des femmes iraniennes. Aujourd’hui, l’actrice et metteuse en scène Mina Kavani, radieuse et engagée, dont on a pu voir le spectacle émouvant I’m deranged qui faisait le récit de son propre exil en France depuis Teheran et le Liban, donne corps et voix à la poétesse dans un spectacle grave et fervent, entre récit personnel et hommage poétique.

Ma maison est noire tisse un dialogue entre deux femmes, deux générations, deux exils : celui de Forough, interdite de publication dans son pays depuis la révolution islamique, et celui de Mina, qui a fui la censure pour devenir libre sur scène. À travers un montage de poèmes, lettres, entretiens et images, le spectacle convoque une mémoire vive - colère, sensualité et espérance. A travers l’ardeur de faire entendre la voix des femmes qu’on veut faire taire.

Deux femmes éprises de poésie, de vie et de liberté se rencontrent à 60 ans de distance. L’une, l’auteure iranienne dissidente Forough Farrokhzad, disparue en 1967, est invoquée par l’autre, l’actrice et metteuse en scène Mina Kavani, exilée en France depuis douze ans. De l’Iran d’hier à aujourd’hui, un fil se tisse de poésie brûlante de sensualité et de délivrance.

Dans l’Iran des années 60, Forough Farrokhzad fut une femme libre, entre rage et désespoir, fière et vivante, auteure persane contemporaine de poèmes sombres et lumineux, et d’un film marquant, Ma Maison est noire.

Fascinée par cette figure tutélaire, affranchie et avant-gardiste, qui résonne avec sa propre révolte dans la société patriarcale réactionnaire de Téhéran, la plus jeune engage un dialogue intime et intense de mots, de sources cinématographiques et sonores, sous la musique originale d’Erik Truffaz.

Mina Kavani s’est éveillée à cette manière d’être, une fois en exil en France. La poétesse était partie elle aussi, quittant la vie familiale puis le vie conjugale, et son enfant même, abandonné, malgré elle, à ses parents.

Quittant Téhéran, elle se rend à Beyrouth, admirant la beauté de ses plages, puis, à Brindisi, et à Rome, la Ville Eternelle, avant de rentrer dans la Maison noire : Mina Kavani s’est reconnue, cherchant une liberté difficile à trouver.

Les visages et les voix sont mélangés, grâce à la présence d’un réalisateur / vidéaste qui filme l’actrice, et en même temps mixe les images avec des vidéos d’archives concernant l’auteure et témoignant du Téhéran de l’époque, mais aussi de l’Iran et de la condition de la femme d’aujourd’hui, ses manifestations de jeunes gens et de moins jeunes en colère et las.

Soit le constat du monde tel qu’il est, sombre et « moche » - hideux, vilain -, noirceur et désespoir sont perçus par l’énergie sensuelle du verbe déclamé.

La poésie et l’art sont des raisons de vivre salvatrices pour la poétesse, de même, le théâtre et l’art encore pour l’actrice qui se sait en responsabilité, face aux trente-deux mille morts tombés, il y a peu, sous le joug du régime islamique.
Elle est là, sur la scène, s’adressant à la fois aux voix disparues et à la salle de spectateurs particulièrement attentifs, à cette évocation d’un souffle tendu et haletant d’une souffrance existentielle, un mal-être ressenti sans pouvoir dérouler le fil patient de soi - ses voeux, désirs et espoirs.

Mina Kavani veut dire ces mots-là, les rendre vivants et dénoncer les Mollahs, pour l’éveil à une réalité mortifère à dépasser : un futur prometteur.

L’interprète cite encore ailleurs une phrase d’un poème des Versets Terrestres de Forough Farrokhzad, le récit d’une fin du monde. : « Venez écouter le chant de celui qui chante dans un désert qui mène nulle part. » Et sur le plateau, gît sur le sol un voile noir, abandonné sans regret pour l’avenir.

La scène poétique en réponse à la réalité invite la salle à résister et à lutter.

Ma maison est noire, d’après les textes de Forough Farrokhzad, 
adaptation, mise en scène et jeu Mina Kavani, création musicale Erik Truffaz et Murcof, arrangements sonores Cinna Peyghami, voix Firoozeh Raeesdana, Scénographie Louise Sari, costumes Anaïs Romand, lumières César Godefroy, vidéo Pierre Nouvel, dramaturgie Maksym Teteruk. Du 20 février au 1er mars 2026, du mardi au samedi 20h, dimanche 1er mars 16h, au Théâtre des Bouffes du Nord. Le Jeudi 5 mars, Festival Cabaret de Curiosités - Le Manège scène nationale de Maubeuge. Espace Culturel Casadesus, Le Phénix. Le jeudi 12 mars, à L’Arc – Scène nationale Le Creusot .
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

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Véronique Hotte

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