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Ludwig van, du culte au mythe de Beethoven

par Olivier Olgan

A travers une remarquable exposition jusqu’au 29 janvier 2017, la Philharmonie de Paris interroge la place de Beethoven dans l’imaginaire collectif

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Beethoven est partout, du cinéma à la pub, de la chute du mur de Berlin aux flashmobs de Hong Kong ou de Tunis. Il incarne la figure de l’artiste moderne au-dessus des contingences, l’identité tragique de l’homme et le symbole de la liberté et des droits de l’homme, sur lesquels des générations ont projetés leurs rêves et leurs espoirs.

Au point que Pierre Boulez s’inquiétait en 1970 devant les excès des célébrations mondiales pour le bicentenaire de sa naissance, et de leurs instrumentalisations politiques, idéologiques, et publicitaires en se demandant si ‘l’immortel Beethoven ne courait pas un danger de mort’. Près de 50 années plus tard, ‘atomisé, démembré et dépossédé du Beethoven historique, pour les commissaires Marie-Pauline Martin et Colin Lemoine, Ludwig van B reste un matériau puissant : intact dans sa force d’inspiration, il suscite les expérimentations, transgressives ou érudites, qui réinvestissent la musique et l’image du compositeur à des fins formelles constamment renouvelés.


Chacun a son Beethoven. L’exposition organisée par la Philharmonie de Paris donne à voir tous les aspects du mythe, de l’icône et du culte au sens propre et figuré. Et c’est passionnant à force de documents sonores – le visiteur est doté d’un casque audio qui lui permet d’entendre près de soixante morceaux de musique – et visuels de la peinture au cinéma. « Le sourd qui entendait Dieu » selon Bourdelle qui multiplia les sculptures de cette figure titulaire inspira des générations d’artistes, dés sa mort en 1827 avec le rôle joué par son masque posthume (et les variations d’artistes de Joseph Benjamin-Constant à Arnulf Rainer, aux expérimentations graphiques des contemporains Jan Fabre, John Baldessari ou Jean-Michel Basquiat (hélas uniquement dans le catalogue) ou musicales du ‘Rock over Beethoven’ de Chuck Berry aux reprises électroniques (Ara, Ekseption, The Otherfohman,…).

Pourquoi Ludwig van ? Le parcours en huit étapes de l’exposition et les dizaines d’essais du catalogue multiplient les pistes de réflexions et les analyses : il est celui par exemple qui condense le plus l’identité de notre modernité. Sourd, il synthèse le corps tragique de notre société. Il est le colosse surdimensionné de notre volonté de puissance, l’élan passionné de l’artiste prométhéen… N’hésitant pas au passage à balayer bien des stéréotypes, notamment à travers une salle qui associent les grandes étapes de la vie de Beethoven à travers la réalité historique et les réécritures des événements à la gloire du mythe.

En contrepoint du culte par l’objet voir le fétiche (violon, carnets, maison), par la représentation et la monumentalisation (près de 70 aux quatre coins du monde repérables sur une carte interactive), le musicologue Bernard Fournier identifie et cerne dans son livre Le Génie de Beethoven (Fayard) uniquement à partir de l’œuvre et vise à nous la faire comprendre de l’intérieur, « une écriture de l’extrême, faisant reculer toutes les limites du langage musical. » La lecture – accessible par tous - est indispensable pour le mélomane ; elle fourmille de nombreuses clés d’écoute dans de multiples dimensions esthétiques inimaginables avant Beethoven : la conquête de l’espace pour définir le discours musical, la maitrise d’une énergie extériorisée mais aussi intériorisée « qui creuse l’âme », la stratégie et les dynamiques des nuances et des intensités, ce qu’il appelle ‘la délinéarisation du temps’ : il fut le premier à préciser les tempos sur chacune de ses partitions ; l’utilisation aussi des rythmes et des masses pour forger la dramatisation ou le dionysiaque (‘apothéose de la danse’, selon Wagner)… « De ses souffrances extrêmes, il forge une joie extrême », l’auteur insiste combien Beethoven cherchait à s’adresser à l’humanité il y a à l’évidence réussi. Un véritable guide d’écoute pour capter ce que Beethoven fait à nos sens.

• Exposition Ludwig van, le mythe Beethoven, Philharmonique de Paris, jusqu’au 29 janvier 2017
http://philharmoniedeparis.fr/fr/exposition-ludwig-van-le-mythe-beethoven/accueil
Les plus jeunes bénéficient d’un parcours dédié grâce à un livret ‘Beethoven , le Retour’
http://philharmoniedeparis.fr/fr/ludwig-van/parcours-enfant

• Catalogue 184 pages, coédition Gallimard/Cité de la musique-Philharmonie de Paris

• Orchestres en fête ! Le mythe de Beethoven.
Le week end du 18 au 20 novembre, la Philharmonie dédie une série de 11 concerts à Beethoven dont 9 symphoniques avec les Orchestres : National de Toulouse, National Bordeaux Aquitaine, Ile-de-France, Victor Hugo France Comté, Poitou-Charentes, Philharmonique de Strasbourg, de Picardie,…

http://philharmoniedeparis.fr/fr/programmation/les-week-ends-thematiques/week-end-orchestres-en-fete-le-mythe-beethoven

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