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Les "Petits Platons" prennent leur quartier à l’Odéon

par Dominique Darzacq

Il n’y a pas d’âge pour philosopher

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« Ah monsieur, vous m’avez tourné la tête, là ! ». L’apostrophe ravit Jean-Paul Mougin qui, dans la salle Roger Blin du Théâtre de l’Odéon, venait de philosopher avec un public dont la tranche d’âge se situe entre 8 et 14 ans. La rencontre, loin de l’idée de la conférence, tenait de la conversation autour de Socrate. De questions en réponses, autour de ce que signifie le mot philosophie en passant par la racine de Sophie, prénom d’une jeune auditrice, ou encore à quoi sert le voile de la mariée, Jean-Paul Mougin interpelle la salle, parfois explique comme on raconte une histoire : « Socrate ne savait qu’une chose c’est qu’il ne savait rien, alors il allait par les rues d’Athènes et interpellait tous ceux qu’il croisait. Ses concitoyens l’avaient surnommé le clochard bavard », prend des chemins de traverses, emploie des formules simples mais limpides : « La philosophie est une machine à pourquoi, c’est une machine à tout ». Dans la salle, les doigts de ceux qui veulent répondre aux questions ou en poser n’en finissent pas de se lever, et les quelques gamins qui au départ étaient accrochés à leur smartphone, les avaient totalement oubliés. De toute évidence, l’orateur animateur avait su captiver son public et l’entraîner de façon ludique sur les chemins, peu fréquentés à cet âge-là, de la philosophie.

Propagandiste enthousiaste et convaincu qu’il est possible de parler de Kant, Socrate, Descartes… aux enfants puisque « dès qu’ils savent parler, ils posent des questions philosophiques », Jean-Paul Mougin s’est fait éditeur et a créé Les Petits Platons . Son objectif, « transmettre de façon vivante et joyeuse, l’histoire de la pensée et faire circuler la parole philosophique entre enfants et parents », voire d’être un outil de médiation avec l’école où il anime également des ateliers philosophiques.

Aujourd’hui riche de 24 titres, chacun illustré de dessins qui suggèrent l’univers du philosophe dont il est question et viennent avec humour en contrepoint du texte, Les Petits Platons ont fait avec La Mort du divin Socrate leur entrée au Théâtre de l’Odéon à l’invitation de Marylène Bouland responsable des rencontres et lectures qui y sont proposées.

La lecture comme moyen complémentaire de la représentation théâtrale pour faire circuler la pensée, est au Théâtre de l’Odéon une vieille affaire instaurée sous la direction de Lluis Pasqual , perpétuée avec Georges Lavaudant mais restée ponctuelle jusqu’à l’arrivée d’Olivier Py qui en a soutenu et affirmé le concept par une véritable programmation proposées au public sous le titre « Présent-composé », devenue « Les Bibliothèques de l’Odéon » avec Luc Bondy.

Si la série de lectures- rencontres autour de Peter Handke ( 24-25-26 mars) coïncide avec les représentations, aux Ateliers Berthier, de sa pièce Toujours la Tempête que met en scène Alain Françon, les manifestations des Bibliothèques ne sont pas forcément programmées en écho avec les spectacles à l’affiche. Présentés par thèmes un peu comme on range ses livres sur les rayons d’une bibliothèque, ces rendez-vous littéraires et philosophiques organisés notamment en partenariat avec France-Culture et France-Inter qui les diffusent sur leur antenne, se veulent d’abord en résonance avec les questions qui agitent notre époque.

Parmi ces rencontres, celles organisées et animées depuis quatre ans par le philosophe Raphaël Enthoven dans le cadre « Philosophie et société » drainent tout un public d’assidus. D’où l’idée de Marylène Bouland - pour qui « il est aberrant que la philo ne soit pas au programme dès le collège » - de dire aux parents, « plutôt que de laisser vos bambins, devant la télé ou leur jeu vidéo, emmenez-les avec vous ». Ainsi pour ce premier rendez-vous, tandis que les uns réfléchissaient en compagnie de Raphaël Enthoven autour de Platon et de la démocratie, les autres, sous l’égide des Petits Platons et de leur fondateur , cheminaient avec Socrate. Cerises sur le gâteau de ces rencontres, certaines sont programmées sur le même thème, histoire de pouvoir en discuter en famille. En somme une habile manière pour les Bibliothèques de l’Odéon, de répondre à l’injonction de Diderot « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire »

Au programme pour les enfants à partir de 8 ans
7 février : Erasme et le grelot de la folie, 14 mars : Le théâtre d’Hannah Arendt, 11 avril : Visite d’un jeune libertin à Blaise Pascal, 30 mai : Diogène l’Homme Chien, 13 juin : La folle journée du Professeur Kant.

Pour les grands à la même heure : le 7 février : Machiavel, Les vertus du cynisme, le 14mars : Hannah Arendt, Qu’est-ce qu’un monde commun ?, le 11 avril : Pascal, Le pouvoir imaginaire, 30 mai : Marx, Comment être matérialiste et révolutionnaire à la fois, 13 juin : Tocqueville, Un nouveau monde est-il possible

les.bibliotheques theatre-odeon.fr / 01 44 85 40 68

photo :La mort du divin Socrate, illustration ©Yann Le Bras

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