Du 22 novembre au 10 décembre 2025 au TNP -Théâtre National Populaire de Villeurbanne.
Les Petites Filles modernes (titre provisoire ), création théâtrale de Joël Pommerat.
Un conte afin de mieux contrer le Temps, la Mort et la séparation.

L’auteur et metteur en scène Joël Pommerat continue avec Les Petites Filles modernes, antithèse des Petites Filles modèles (1858) de la Comtesse de Ségur, à parcourir l’univers de l’enfance, donnant vie à de jeunes personnages dans un effet de « double création, fiction et réalité », une pièce adressée à des spectateurs qui ont plus ou moins l’âge des protagonistes.
Le récit est fait d’événements cruels et naïfs, des histoires d’enfants aimant les contes, cette co-présence de réalités naturelles et surnaturelles, pour s’émouvoir, jouer à se faire peur, sur le parcours d’une lecture du monde éprouvée comme brutale où ils tendent à devenir, être et rester eux-mêmes.
Un contre-pied à Cendrillon - présenté au TNP Villeurbanne en 2014 -, qui déconstruisait le « merveilleux », le « magique » et le « surnaturel », ainsi les versions des contes du Petit Chaperon Rouge et de Pinocchio, et la création de Contes et Légendes. Le conte fantastique Les Petites Filles modernes, non parodique, procède d’un sentiment d’enfermement avant la délivrance.
Deux très jeunes filles de notre temps, Marjorie - Coraline Kerléo -, libre et à l’aise dans ses baskets, et Jade - Marie Malaquias -, plus intériorisée, se sont rencontrées, éprouvant méfiance puis amitié/amour l’une envers l’autre, la première s’opposant ostensiblement à ses parents définis comme de « faux parents ». La rebelle défie le règlement du collège qui l’exclut et le monde abusivement autoritaire des adultes plénipotentiaires. La seconde, apparemment plus réceptive à la Loi, n’en nourrit pas moins le doute et la suspicion envers ses parents qu’elle soupçonne, la nuit venue, de se délester de leur enveloppe humaine pour devenir des créatures diaboliques, maléfiques, démoniaques, sataniques… , des monstres issus de la réalité.
Cris et chuchotements, peurs et tremblements, ces airs de surnaturel menaçant sont avoués depuis l’intérieur de la chambre de Jade, entre enfermement obligé et refuge salutaire pour l’aveu sincère de soi, contre toutes les réflexions parentales, leur desiderata de convention qui entravent.
Parallèlement, et dès l’orée du spectacle, une voix narrative conte dans le noir l’histoire d’une boîte à l’intérieur de laquelle est enfermée une créature à l’origine non humaine, dont on entend la voix, les gémissements et la lassitude, coupable dans un autre monde d’avoir aimé l’être cher - absurde interdit -, qui de son côté, est situé hors de la boîte, tombé dans la galaxie humaine, et de ce fait, soumis au Temps et à la Mort, ce que ne sait pas la jeune prisonnière, et que va lui cacher longtemps son partenaire vieillissant.
Celui-ci - Eric Feldman -, vieux maudit dans le voisinage de Marjorie et de Jade, est appelé à les croiser, leur expliquant son destin fatal en ami, évoquant les trous mystérieux de l’existence et ses abîmes incontrôlables.
Aimer, s’attacher l’aimé/e, refuser de s’en séparer, ne pas accepter la mort sont des réalités irréversibles, d’où l’invention salvatrice d’un monde rêvé. Grâce à la scénographie et la lumière d’Eric Soyer, l’imaginaire est tangible, énigmatique et identifiable : l’impression d’un fond noir de puits renversé d’où les enfants surgiraient, tentant d’approcher la lumière existentielle.
Noirs fréquents, variations de la lumière, jeu du quadrillage raffiné en noir et blanc du sol, les perceptions spatiales et temporelles sont mobiles et troubles : apparitions et disparitions avec la vidéo économe de Renaud Rubiano, le son de Philippe Perrin et Antoine Bourgain.
A travers deux histoires qui s’emboîtent l’une l’autre - répétition et variation - un spectacle intense sur la reconstruction spatiale et ses perspectives, sur la dématérialisation du réel pour vaincre le Temps, la Mort et la séparation.
Les Petites Filles modernes (titre provisoire ), création théâtrale de Joël Pommerat, du 22 novembre au 10 décembre 2025 au TNP-Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Avec Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias et les voix de David Charier, Delfine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais, Faustine Zanardo. Scénographie et lumière Éric Soyer, vidéo Renaud Rubiano, son Philippe Perrin et Antoine Bourgain,
collaboration artistique Garance Rivoal, assistanat à la mise en scène David Charier, renfort assistanat Roxane Isnard, musique originale
Antonin Leymarie, costumes Isabelle Deffin, renfort costumes Jeanne Chestier, perruques Julie Poulain, collaboration à l’écriture Zareen Benarfa, participation au travail de recherche, comédien Pierre Sorais, réalisation maquette et accessoires Claire Saint-Blancat, construction accessoires Christian Bernou, décor les ateliers du TNP. Avec le Festival d’Automne à Paris. Du 22 novembre au 10 décembre : Théâtre National Populaire, Villeurbanne (69). Du 18 décembre 2025 au 24 janvier 2026 : Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national (92). Du 11 au 15 février 2026 : L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry (92). Les 19 et 20 février 2026 : Théâtre de l’Agora, scène nationale d’Evry et de l’Essonne (91). Les 4 et 5 mars 2026 : Espaces Pluriels, scène conventionnée d’intérêt national art et création danse, Pau (64). Les 24 et 25 mars 2026 : Maison de la Culture de Bourges, scène nationale (18). Les 8 et 9 avril 2026 : Le Canal, Théâtre du Pays de Redon (35). Du 14 au 18 avril : Comédie de Genève – Genève (Suisse) (co-accueil avec le Théâtre Am Stram Gram). Les 23 et 24 avril : Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique). Les 29 et 30 avril : Maison de la Culture d’Amiens, scène nationale (80). Les 5 et 6 mai : Les Salins, scène nationale de Martigues (13.) Du 20 au 22 mai : Le Bateau Feu, scène nationale Dunkerque (59). Du 3 au 18 juin : TNS, Théâtre National de Strasbourg.
Crédit photo : Agathe Pommerat.



