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Les Grands entretiens d’Arnaud Laporte

par Gilles Costaz

Autoportraits esthétiques

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Il y a sans doute un peu de mégalomanie ou de soumission au star-sytème dans le fait de publier un livre où le nom de l’auteur s’inscrit glorieusement dans le titre : Les Grands Entretiens d’Arnaud Laporte. Journaliste à France-Culture (où il produit l’émission La Dispute), membre du magazine Théâtre(s) – pour lequel il a effectué les interviews réunis dans cet ouvrage – et professeur au Conservatoire, Laporte n’est pas homme à retirer des transcriptions de ses dialogues ce qui peut ressembler à un compliment personnel. Isabelle Huppert, par exemple, suggère l’idée qu’il y ait un « mythe d’Arnaud Laporte » comme il y a un « mythe Warlikowski » : c’est une remarque innocente, qu’il faudrait replacer dans un contexte complexe, mais c’est une flatterie que l’intéressé a conservée avec gourmandise. Défaut d’époque, défaut à laisser au second plan car ces confidences, recueillies entre mars 2015 et février 2018, trimestre après trimestre, pour Théâtre(s), ont le mérite de peu souffrir du passage du temps. Arnaud Laporte attaque son commensal – si on veut bien imaginer le questionneur et le questionné autour d’une table - sur le fonds, l’univers, le style, la démarche, la biographie, et assez peu sur l’actualité immédiate.
C’est ainsi que s’expriment essentiellement des metteurs en scène : Romeo Castellucci, Thomas Ostermeier, Krzysztof Warlikowski, Matial di Fonzo Bo, Julien Gosselin, Milo Rau, Madeleine Louarn. Les acteurs sont au nombre de trois : Isabelle Huppert, Elsa Lepoivre et Philippe Caubère. Les auteurs restent les parents pauvres puisque ceux qui ont droit à une séance d’entretien sont tous aussi metteurs en scène et (ou) directeurs d’institutions : Jean-Michel Ribes, Philippe Quesne, Tiago Rodrigues. Il n’y a pas là de découvertes. L’objectif est de donner la parole aux grands noms du théâtre public, y compris d’autres personnalités de ce monde-là estimables mais discutables comme Marie-José Malis et Séverine Chavrier.
On ne peut reprocher à l’ensemble de ne pas être exhaustif, car sa logique reste, malgré tout, liée aux impératifs du journalisme. Ne notons pas qu’il n’y a pas de dialogue avec Claude Régy. Inutile : beaucoup d’interviewés se réfèrent à lui, avec les meilleures louanges. Notons qu’on attendra le prochain volume pour voir surgir certainement Joël Pommerat, Valère Novarina, Thomas Jolly, qui nous manquent dans ce florilège. Notons aussi qu’aucun jeune ou ex-jeune qui aurait échappé à l’aide des barons du royaume subventionné (et ils sont nombreux, comme Léonore Confino, Florian Zeller, Jean-Christophe Dollé, Stéphane Guérin, Natacha de Pontcharra…) n’a sa place dans cette liste terriblement « haut de gamme » et théâtre public. N’empêche que voilà d’excellents autoportraits esthétiques, arrachés avec finesse par un interrogateur connaisseur. Bien des nouvelles audaces du théâtre contemporain – sur l’irrespect face aux textes (souvent remodelés), l’ « écriture au plateau », l’acteur mis en cause dans ses traditions – sont définies ici par ceux qui en sont les champions. On pense à ce que dénonçait déjà Colette dans son roman La Seconde, quand elle écrivait à propos de comédiens : « Leur jeu se teinta de cet excès de naturel et de conviction qui met le théâtre à la portée des plus basses convictions ». Oui, Colette, c’est loin, mais comment résister au plaisir d’une citation fulgurante, pêchée au hasard d’un lecture ?

Les Grands entretiens d’Arnaud Laporte. Editions Théâtres et Théâtre(s), 208 pages, 14,90 euros.

Photo DR (Wikipédia).

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