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Critiques / Théâtre

Les Géants de la montagne de Luigi Pirandello

par Jean Chollet

La vie d’artiste entre fable et réalité

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Restée inachevée à la mort de l’écrivain et dramaturge italien, le 10 décembre 1936, cette pièce, qui reprend certains des thèmes abordés par son auteur dans ses autres œuvres, aborde plus précisément la problématique du théâtre sous ses différents aspects, et sa place dans la société. En résonance avec la montée du fascisme, orchestrée par Mussolini. Une troupe de comédiens ambulants animée par la Comtesse Ilse, est surtout en quête d’un lieu pour représenter, contre vents et marées, La Fable de l’enfant échangé, écrite par un jeune poète qui s’est donné la mort. Ils trouvent par hasard refuge dans la montagne auprès de “ poissards ”, marginaux coupés du monde, détachés des contingences matérielles, vivant dans l’imaginaire sous la protection de Cortone, philosophe magicien, livrant ses théories sur l’art et la vie, en ayant choisi de devenir turc par réaction à “la faillite de la poésie dans la chrétienté ”. Il offre à la troupe l’hospitalité, dans une villa dont il dispose, pour mener à bien leur projet. Un refuge singulier, hanté par des fantômes et placé sous la menace de Géants, voisins prévaricateurs des aspirations artistiques des hommes, dont le temps présent porte toujours traces des influences néfastes, dans bien des domaines. Entre illusion et réel, une œuvre dense, troublante, parfois mystérieuse, où rôde l’ombre de la mort, dont les accents et les interrogations restées en suspens ouvrent sur une prise de conscience.

Le théâtre et la vie

Auteur d’une nouvelle traduction (Les Solitaires intempestifs), Stéphane Braunsweig apporte par sa mise en scène et sa scénographie, une théâtralité brillante et subtile qui donne la mesure des nuances de la perméabilité de frontière entre les simulacres de la scène et de leurs interprètes, avec la réalité de la vie. En prolongeant le texte de Pirandello avec une représentation de La Fable, qui devint un livret d’opéra vite interdit par le Duce. Mais c’est surtout dans la fusion et l’osmose des composants de la représentation, que se crée une unité pénétrante, permettant de pénétrer au plus près de la pensée et de la poésie pirandelliennes. La villa des “poissards“ a pris l’aspect d’un théâtre aux lignes modernes architecturées, dans un module double face pivotant au centre du plateau, alternant les ombres et les climats sous les variations de lumière de Marion Hewlett. Les effets des vidéos animées et graphiques de Christian Volckman font ressurgir fantômes, obsessions ou cauchemars des personnages. Dans les costumes chamarrés et identitaires de Thibault Vancraenenbroek, parmi l’interprétation des quatorze comédiens animés d’un évident esprit de troupe, Dominique Raymond est une Comtesse Ilse magnifique, Claude Duparfait porte avec densité les facettes et la complexité de Cortone, et l’on apprécie la présence lumineuse de Daria Deflorian (Sgricia) qui apporte un écho de la musicalité de la langue originelle de la pièce. Et, si dans la complexité de l’œuvre apparaissent quelques obscurités et flottements, ce spectacle constitue aussi une forme de manifestation d’amour pour le théâtre.

Les Géants de la montagne de Lugi Pirandello, traduction, mise en scène et scénographie, Stéphane Braunschweig, avec Dominique Raymond, Claude Duparfait, Pierre Plathier, Cécile Coustillac, John Arnold, Romain Pierre, Jean – Baptiste Verquin, Thierry Paret, Laurent Lévy, Jean - Philippe Vidal, Daria Deflorian, Julien Geffroy, Elsa Bouchain, Marie Schmitt. Collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel, costumes Thibault Vancraenenbroeck, lumières Marion Hewlett, son Xavier Jacquot, vidéo - animation Christian Volckman. Durée 1heure 50.

Théâtre national de la Colline jusqu’au 17 septembre, puis du 29 septembre au 16 octobre 2015. En tournée, du 4 novembre au 19 décembre à Annecy, Marseille, Tours, Besançon et au Théâtre national de Strasbourg.

Photo © Elisabeth Carecchio

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