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Critiques / Théâtre

Les Epiphanies de Henri Pichette

par Corinne Denailles

Un grand vent de liberté

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Imaginez une fenêtre qui s’ouvre dans une bourrasque de vent, une digue qui aurait sauté, submergée par une déferlante de mots, un vertige d’images jaillissant comme à jet continu faisant feu de tout bois, rythmes, sonorités, associations. Il y a chez Henri Pichette la dimension voyante de Rimbaud conjuguée à la vitalité ludique de Novarina. Le poète est à la fois l’alchimiste savant et l’esclave de sa propre poésie qui a pris possession de son esprit et de son corps. Car c’est une poésie très physique, épuisante et boxeuse qui, comme à l’insu du poète, révèle les épiphanies du langage, ¬ « mystère profane », comme le dit le sous-titre¬ révélation de ce qui était jusqu’ici caché. Pichette met en scène le poète, l’amoureuse et monsieur le diable dans un faux dialogue, un vrai soliloque à trois voix. A sa création en 1947 au théâtre des Noctambules, le spectacle, interprété par Gérard Philipe, Maria Casarès et Roger Blin, a fait événement.


Dans la mise en scène de Pauline Masson, Stanislas Roquette est le poète, évanescent et puissant, le corps possédé par les mots qu’il profère comme malgré lui face à la juvénile amoureuse (Elodie Hubert) avec laquelle il dialogue dans une courte scène d’amour magnifique où les mots impuissants à dire les sentiments laissent la place à des détournements lexicaux, des néologismes plus expressifs. En contrepoint du poète, monsieur le diable, formidable Gabriel Dufay à la présence tellurique. Là où le poète est traversé par la poésie, le diable s’impose en maître, en grand organisateur. Ils portent ce texte indomptable avec fermeté et interprètent leur partition hypnotique sur un mode très physique qui donne chair au langage emportant le spectateur dans un voyage hors de soi.
Sans craindre de jouer sur les mots, on pourrait dire que la jeune Pauline Masson nous offre une épiphanie à sa façon en révélant cette poésie rare et méconnue qui l’accompagne depuis longtemps ; elle met en scène ce spectacle improbable avec dextérité et un certain humour comme un hommage à la liberté et à l’irrévérence, « un acte de résistance contre le rationalisme à tout épreuve » contre le désenchantement du monde. Elle cite Bachelard qui disait à Pichette : « quand je vous lis, je respire mieux ». Saluons cette toute jeune équipe qui porte haut la poésie comme une incitation à emprunter plus souvent des chemins de traverse, comme une tentative de subversion du carcan du réel.

Les Epiphanies de Henri Pichette, adpatation et mise en scène Pauline Masson. Avec Gabriel Dufay, Elodie Hubert, Stanislas Roquette. Scénographie, Delphine Sainte-Marie ; lumières, Mathilde Chamoux ; son, Bernard Vallery. Au théâtre de Suresnes du 3 au 5 novembre 2016 à 21h. Durée : 1h30.

Soirée Pichette le mardi 28 mars 2017 au Grand auditorium de la Bibliothèque Nationale de France, site François Mitterrand en présence de l’équipe du spectacle, de 18h30 à 20h.

Photo Etienne Bertrand

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