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Critiques / Théâtre

Les Créanciers d’August Strindberg

par Corinne Denailles

règlement de comptes à huis clos

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L’ombre des malheurs conjugaux de Strindberg et de la précarité de sa santé mentale plane sur Les Créanciers (1888). Étrange histoire que ce règlement de comptes en huis clos entre un homme, une femme et un otage. Car le jeune artiste déprimé et en mal de création est bien l’otage de Gustaf, l’ancien amant éconduit venu réclamer sa créance auprès de celle à qui il aurait tout donné, qui lui aurait tout pris sans rien offrir en échange. Otage malheureux qui sera l’instrument de la vengeance à son insu. Une créance d’une nature curieuse, comme si cette femme l’avait dépossédé d’une part de lui-même qu’il venait récupérer. Par un effet d’écho, Adolf fait de même, emploie presque les mêmes mots que Gustaf pour se plaindre de Tekla, celle dont il est follement épris, jusqu’à la soumission. Les deux prétendent avoir fait jouer les Pygmalion, fait d’elle ce qu’elle est, une femme de lettres reconnue quand eux sont dans l’ombre. Trio infernal, stratégie machiavélique de Gustaf qui sous couvert d’amitié, s’emploie à détruire Adolf définitivement pour nuire à Tekla.

Dans un décor assez froid d’hôtel scandinave, les trois personnages jouent leur carte. On perçoit assez vite la machination ourdie par Gustaf, interprété par un Didier Sandre matois, manipulateur implacable aux manières policées à l’extrême, le faux ami parfait, assez doucereux pour que le spectateur le démasque quand sa victime n’y voit goutte. La victime, c’est Sébastien Pouderoux ; le comédien ne parvient pas à trouver vraiment son personnage, à traduire le tourbillon d’émotions qui l’entraîne vers le fond, la perte d’identité qui va contribuer à le perdre. La mante religieuse accusée d’avoir tué ses partenaires est interprétée par Adeline d’Hermy ; bonne comédienne mais qui ici en fait un peu trop dans les contrastes avec ses manières minaudeuses, faussement gamines à certains moments pour nous dire combien le personnage est une mangeuse d’hommes sous ses airs innocents. La mise en scène d’Anne Kessler privilégie les éclats quand on aurait attendu que le drame se noue en tension, à bas bruit, à la façon de Bergmann, réalisateur qui aurait amené Anne Kessler à Strindberg.

Les Créanciers de August Strindberg, traduction Alain Zilberstein, adaptation Guy Zilberstein. Mise en scène Anne Kessler. Scénographie, Giles Taschet ; costumes, Bernadette Villard ; lumières, Eric dumas ; son, mme Miniature. Avec Adeline d’Hermy, Sébastien Pouderoux, Didier Sandre. Au Studio de la Comédie-Française jusqu’au 8 juillet 2018 à 18h30. Durée : 1h20. Résa : 01 444 58 15 15
www.comedie-francaise.fr

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