Accueil > Les Aveugles de Maurice Maeterlinck

Critiques / Théâtre

Les Aveugles de Maurice Maeterlinck

par Jean Chollet

Expérience métaphorique et sensorielle

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Conduit par un prêtre au cœur d’une forêt, douze aveugles tentent de retrouver le chemin de l’hospice où ils séjournent, après la mort parmi eux de leur guide. Perdus, en plein désarroi, ils continuent à marcher et à s’exprimer pour tenter de trouver une issue incertaine à leur isolement, dans un monde qu’ils ne déchiffrent pas.

Avec pour seuls repères les bruits de la nature environnante, ils alternent échanges et supplications “ Ayez pitié de nous, nous attendons depuis si longtemps.”. Telle se présente la pièce de l’auteur belge francophone Maurice Maeterlinck (1862-1949), représentée pour la première fois au Théâtre Moderne à Paris en 1891. Elle compte parmi les œuvres les plus représentatives du maître du symbolisme, qui dans l’un de ses textes (Le tragique quotidien) écrivait : “ Il y a un tragique quotidien qui est bien plus réel, bien profond et bien plus profond et bien plus conforme à notre être véritable que le tragique des grandes aventures ...”. Sous sa forme, la pièce en porte témoignage en constituant une métaphore de la condition humaine.

Daniel Jeanneteau, qui, par le passé, a côtoyé l’univers de Maeterlinck auprès de Claude Régy (La Mort de Tintagile), a abordé cette œuvre à partir des ateliers menés au Studio Théâtre de Vitry. Il réunit comédiens professionnels et amateurs venus de divers horizons. Une manière symbolique de nouer un lien avec une humanité composite. Les spectateurs pénètrent dans un espace envahi de brume, dans lequel ils prennent place, avec une visibilité limitée, sur des chaises pliantes disposées sans ordre particulier. Ils tentent en vain de percevoir la globalité du dispositif d’où progressivement, au milieu d’eux, se révèle la présence des aveugles. Leurs voix constituent dans un premier temps le seul repère de leur situation. Un rapport troublant, qui instaure une condition partagée entre le désir de voir ou de fermer les yeux, non seulement pour s’identifier aux non voyants, mais pour mieux percevoir leurs paroles qui dévoilent le poème dramatique. Car cette représentation est uniquement articulée par les propos des protagonistes. Cet univers sonore, composé par Alain Mahé avec la collaboration de l’Ircam, est essentiel. Et si, le soir de la première, il manifestait quelques lacunes en fonction de l’acoustique du lieu de représentation, cette anomalie devrait être rapidement corrigée. Si l’ouïe du spectateur est particulièrement sollicitée, la sensibilité de sa perception est également développée par ses conditions de vision qui s’améliorent progressivement et lui permettent de voir les déplacements des personnages. Mais il peut aussi se reconnaître, dans l’affirmation prononcée par l’un des aveugles : “ Je rêve parfois ce que je vois.”. Sous cette forme, cette création originale et troublante permet de renouer avec un auteur majeur en maintenant les sens et l’imaginaire en éveil.

Les Aveugles

de Maurice Maeterlinck, mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau, collaboration artistique Jean - Louis Coulloc’h, création musicale et sonore Alain Mahé, création lumière Anne Vaglio, avec Ina Anastazya, Solène Arbel, Stéphanie Béghain, Pierrick Blondelet, Jean – Louis Coulloc’h, Geneviève de Buzelet, Estelle Gapp, Charles Poitevin, Benoît Résillot, Azzedine, Salhi, Gaëtan Sataghen, Anne Marie Simon. Durée : 1 heure 10.
Studio Théâtre de Vitry-sur-Seine jusqu’au 3 février 2014, Centquatre à Paris du 8 au 16 février, Scène Watteau Nogent-sur-Marne les 14 et 15 mars, Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur Seine les 11 et 12 avril 2014.

Photo ©Michel Jacquelin

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.