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Critiques / Théâtre

Les Amoureux de Maritaux

par Gilles Costaz

Des scènes classiques dans l’humeur du stand-up

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Ils ne s’appellent pas pour rien les Mauvais Elèves. Ces quatre jeunes acteurs, deux filles, deux garçons, opèrent sous la direction de deux vauriens bien connus et inspirés, Shirley et Dino. Ensemble, ils réalisent un méfait qui nous enchante, bien que leur soirée se mette en place de façon incertaine (le ton n’est pas tout de suite trouvé) : le quatuor de comédiens s’empare de scènes de Marivaux - pas seulement des scènes d’amoureux, mais aussi des conflits entre aristocrates ou entre valets - piochées beaucoup dans La Commère, et aussi dans La Surprise de l’amour, La Dispute et quelques autres. Et ils les jouent dans les costumes les plus fantasques, changeant de tenues à chaque séquence, transposant l’action dans le monde d’aujourd’hui et les imaginaires de la rue et du cinéma, corrigeant le texte, ajoutant des enchaînements qui n’ont apparemment aucun rapport avec le texte, mettant en parallèle l’amour selon Marivaux et l’amour selon les chansons de ces dernières décennies. C’est ainsi que surgissent les stéréotypes de la minette, du mâle musclé en marcel, de la mondaine style Nouvel Obs, du latin lover... On se retrouve même en Espagne alors que Marivaux était profondément italianisant. C’est d’une folle liberté ! Pour les chansons, La Plus Belle pour aller danser du répertoire de Sylvie Vartan s’imposait pour prolonger un dialogue de l’auteur, mais l’on a droit aussi aux succès de Gainsbourg, Polnareff, Bardot…
Oui, ça ne commence pas assez bien, parce que l’équivalence évidente ou secrète avec Marivaux est d’abord floue. Puis, tout à coup, le jeu qui permet à la fois de montrer combien cet écrivain semble désuet et combien il est contemporain, alors que tout a changé, devient d’une parfaite habileté et d’une extrême saveur. Les interprètes ont la liberté du stand-up. Ils disent Marivaux comme des sketches et ils balancent en outre des textes de leur cru. Valerian Béhar-Bonnet, Elisa Benizio, Bérénice Coudy, Guillaume Loublier se transforment à vue ou derrière le rideau pour changer de personnalités avec beaucoup d’esprit. Leur art de jongler avec les stéréotypes du moment et leur charme gamin (mais plus savant qu’il n’y paraît) auraient pu séduire un Jacques Demy. De duo en trio, de quatuor en tandem, c’est malin en diable. Marivaux y retrouve une virtuosité populaire que la postérité lui avait retirée mais dont il profitait en son temps quand ses pièces étaient jouées par les irrespectueux comédiens italiens. Une fois au Poche, une fois dépassé les premières minutes, on préfère les Mauvais Elèves aux trop bons élèves…

Les Amoureux de Marivaux par les Mauvais Elèves, mise en scène de Shirley et Dino (Gilles et Corinne Benizio), costumes de Mariette Niquet Rioux, lumières d’Eric Roxé, avec Valerian Béhar-Bonnet, Elisa Benizio, Bérénice Coudy, Guillaume Loublier.

Poche-Montparnasse, 19 h, jusqu’au 14 mars. (Durée : 1 h 25).

Photo Rémi Blomme.

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