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Critiques / Théâtre

« Le voyage » de Gérald Aubert

par Jacky Viallon

Complicité d’acteurs

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Une complicité d’acteur face à un sujet grave ( Voyage commémoratif à Dachau ) qui laisse toutefois des espaces pour sourire et qui nous fait la vie devant nous...

Malgré sa gravité, à respecter à jamais, le sujet aurait pu s’avérer banal : Julien, la cinquantaine, accompagne son père, ancien héros de la résistance, à Dachau pour un voyage commémoratif…Profitant de ce temps partagé durant le voyage ils font le point sur leur relation humaine et parentale.
Mais, aussi reste-t-on activé et captivé par ces deux comédiens Jean Claude Bourbault et Laurent Collard qui nous portent et nous entraînent dans leur vérité, la vérité dénonciatrice nourrie du texte précis et volontaire de Gérard Aubert qui fait mouche et nous touche !

D’ailleurs pour filer la métaphore : l’affrontement entre des deux comédiens, plutôt des deux personnages, serait bien de l’ordre des lois et des codes d’une partie d’escrime. Ces deux comédiens ferraillent à souhait, s’observent, se fendent, se piquent, se repiquent et font des pauses pour se pourfendre à nouveau dans un réalisme et une justesse de jeu qui nous comblent.
Cette performance d’acteur est due probablement au solide maintien de la direction d’acteur de leur metteur en scène Sébastien Bernard. Ainsi les interprètes ne s’éloignent pas dans les plaisirs solitaires d’acteurs nombrilistes mais savent, et c’est le piège dans ce type de jeu réaliste, garder des distances pour se retenir d’aller glisser sur la pente savonneuse du pathos. Non ! Tout est contrôlé, retenu, sans nous frustrer de cette souplesse qui harmonise tout l’ensemble du spectacle en lui offrant une grande élégance qui lui est propre.
Cette élégance transmet par mimétisme une dignité réellement très assise aux personnages. C’est probablement là que se situe la prouesse du travail. Il s’installe alors un jonglage subtil et méticuleux dû au mélange (Très schématique, certes ) des deux grandes techniques de jeu de l’acteur proposées par Brecht et Stanislavski.
Autre élément sur lequel on peut également s’attarder dans ce travail d’acteur, c’est la complicité qui se tisse entre ces deux comédiens. Complicité totalement maîtrisée, puisque l’on est nettement sensibles au jeu des tensions possibles entre la complicité de l’acteur et celle du personnage.
C’est un moment théâtral intéressant, c’est court, efficace et surtout pas démonstratif. Elèves comédiens, il faut y courir ! Et puis on y parle des drames et des joies de nos pères.


«  Le voyage » de Gérald Aubert, mise en scène de Sébastien Bernard, assisté de Frédéric Beaumont avec Jean Claude Bourbault et Laurent Collard.Théâtre Daniel Sorano. Vincennes 94. Jusqu’au 24 Février 2008 du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche 16 h. Réservations :01 43 74 73 74.

Crédit photo : Frédéric Beaumont

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