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Critiques / Théâtre

Le bac 68 de Philippe Caubère

par Corinne Denailles

Passe ton bac d’abord !

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35 ans plus tard il est toujours là, infatigable ludion qui joue et rejoue sa vie sur scène. On se demandait ce qu’il allait faire une fois arrivé au terme de son roman d’un acteur, et bien maintenant on sait : après quelques détours, reprendre La Danse du diable (opus initial créé en 1983) en 2014 qu’on peut voir en ce moment à l’Athénée en alternance avec Le Bac 68, désormais sous-titré « comédie française », extrait de Claudine et le théâtre, un chapitre de L’Homme qui danse, la version longue de La Danse du diable. Caubère a l’art du recyclage génial.
A l’origine de cette aventure solitaire, des improvisations de plateau dans les années 1980, mises en forme et qui n’ont jamais fini d’évoluer au fil des représentations, preuve que ses spectacles s’écrivent d’abord avec le corps. Et c’est bien d’une performance théâtrale qu’il s’agit et d’un genre unique dans lequel il joue tous les rôles. On retrouve la mère affublée de son éternel paletot écossais qui accable Ferdinand, son fils, dont elle fait un portrait horrible e hilarant : petit comme un nain, plein de croutes, pas très futé, juste digne d’être coiffeur tandis qu’il s’époumone à dire que c’est comédien qu’il veut être ; elle se moque de ses rêveries éveillées qu’elle espionne et tourne en ridicule (c’est que l’adolescent reçoit dans sa chambre le pape, Johnny Ouliday, Jean-Paul Sartre et depuis peu Gérard Philipe). Claudine Faure se la joue bourgeoise, pétrie d’idées reçues et de principes alors que tout chez elle est ordinaire, loin de la « tenue » qu’elle revendique. Caubère tire la drôlerie du personnage des télescopages de l’esprit, de la vitesse d’enchaînement des séquences qui fonctionnent comme des associations d’idées en folie.
La première partie du spectacle met en scène la mère soliloquant pour le convaincre, au terme de mille digressions, qu’il doit passer son bac. Et enfin, voilà le jour J. tout le monde sait qu’en 68 on donnait le bac. Preuve à l’appui. Après la séquence désopilante de démarrage de la Diane et de la tentative d’ouverture latérale de la glace, véritable moment d’anthologie digne des plus grands comiques. La séquence de l’interrogation d’histoire-géographie est aussi folle. Le pauvre Ferdinand ne sait rien de la Sibérie qu’il ne sait pas situer sur la carte et dont il ne connaît que les troupeaux de rennes qui passent par la Lorraine avec leurs sabots, les zigloos, les puits de pétrole, le goulash (version maternelle du goulag) et le transsibérien. De la Révolution de mai 68 Caubère retient une chose fondamentale : c’est la première et la seule fois que les jeunes se seront levés avant midi.
Caubère qui n’a rien perdu de sa vitalité mène son spectacle à un train d’enfer. Sa virtuosité d’interprétation force l’admiration ; seul sur le plateau nu avec une pauvre chaise, il fait vivre une galerie de personnages qui surgissent d’une mimique, d’une intonation, d’un geste à peine esquissé. Il se permet toutes les audaces et ça marche. Le voilà s’adressant au Ferdinand de l’an 2000, ou invitant le spectateur vieux à dire aux jeunes quelle est l’activité coupable de Ferdinand, ou à leur expliquer mai 68. Le fait est que dans la salle jeunes et vieux rient de bon cœur, preuve que ce phénomène théâtral traverse les décennies avec une égale fraîcheur.

Le Bac 68, comédie française de et par Philippe Caubère. A l’Athénée jusqu’au 19 novembre, les mercredis, vendredis et samedis à 20h. Durée : 1h50.
En alternance avec La Danse du diable les mardi à 19h et dimanches à 16h. Durée : 3h20.

Tournée
aJanvier 2017 :
14 : Salon de Provence, Théâtre Armand
18 Toulon, théâtre Liberté
20-21 Val de Reuil, Théâtre de l’Arsenal

Février
3,4,5 et 7 : Bordeaux, Théâtre du Pont tournant
10 : Villeneuve sur lot, Théâtre Georges Leygues
14-15 : Périgueux, L’Odyssée
17 : Cébazat, Le Sémaphore
21 : Courbevoie, Espace Carpeaux
28 : Colombes, L’Avant-seine

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