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Le Théâtre du Peuple de Bussang

par Dominique Darzacq

Une épopée de 120 ans racontée par Bénédicte Boisson et Marion Denizot

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Un endroit où venir « se retrouver », « reprendre des forces », « à l’ombre du tintamarre », tel apparait le Théâtre du Peuple vis-à-vis du monde du théâtre, artistes et spectateurs confondus, notent Bénédicte Boisson et Marion Denizot au terme d’une biographie dont le personnage central est le Théâtre du Peuple, lieu atypique dans le paysage culturel français et, avec à son fronton « Par l’art pour l’humanité », vigie des utopies humanistes ancrée depuis 120 ans au cœur des Vosges.

Lieu singulier en effet, où, depuis sa fondation par Maurice Pottecher en 1895 -, et à part les interruptions consécutives aux deux guerres mondiales,- chaque saison à Bussang, le Théâtre du Peuple s’offre comme un espace convivial d’échanges, de respiration et de rassemblement autour de l’art et de la création, suscite la même ferveur. Comment expliquer une telle longévité ? Pour y répondre, les deux auteures, toutes deux maîtres de conférences en études théâtrales à l’Université de Rennes 2, se sont penchées sur son histoire, de ses origines à nos jours. Une aventure qu’elles déclinent en quatre grands mouvements chronologiques : Le rayonnement d’un projet singulier (1895 -1935), la perpétuation du projet (1935 -1960), une mutation délicate (1960 -1991), une marginalisation féconde (1991 à nos jours). De l’un à l’autre, leur récit se tresse des fils de l’histoire déchiffrée dans les archives et de ceux de la mémoire tirés de nombreux entretiens et témoignages.

Au fil du temps et des mutations, nous rencontrons tous ceux-là : la famille Pottecher, les villageois de Bussang, artisans et artistes, professionnels et amateurs, qui ont transformé l’utopie « d’un théâtre pour le peuple et par le peuple », en réalité. Parmi ceux-ci, bien évidemment Pierre Richard-Wilm qui mit sa réputation de vedette de cinéma et même parfois sa bourse au service du Théâtre du Peuple qu’il dirigea d’abord aux côtés de Maurice Pottecher et seul jusqu’en 1970 après la mort de celui-ci en 1960. Si dans les années 30, « la présence de Pierre Richard-Wilm exalte la dimension poétique du répertoire pottechérien et porte à leur apogée les visées du fondateur », trois décennies plus tard les auteures constatent que « progressivement et en parallèle à la prise de responsabilité » du comédien, qui non seulement jouait mais réalisait mises en scène, décors et costumes, le Théâtre du Peuple a perdu tout contact avec le milieu théâtral de l’époque et s’est marginalisé par un répertoire dédié exclusivement aux œuvres de Maurice Pottecher. Le dernier mouvement de l’ouvrage montre comment avec l’arrivée de Tibor Ergevari, le Théâtre du Peuple s’engage sur la voie de la modernité et du théâtre vivant. Comment depuis et successivement, François Rancillac, Philippe Berling, Jean-Claude Berutti, Christophe Rauck et aujourd’hui Vincent Goethals ont su tout à la fois prendre en charge l’héritage avec ses traditions et ses utopies fondatrices et redonner au Théâtre du Peuple son rayonnement national et artistique.

Dans leur ouvrage abondamment illustré de photos inédites, et qu’elles viennent de présenter à Bussang dans le cadre de l’hommage à Maurice Pottecher, Bénédicte Boisson et Marion Denizot ne se contentent pas de raconter ou d’énumérer les spectacles, ni d’épingler les diverses appropriations qui ont pu irriguer les controverses et les débats qui jalonnent une histoire qui ne s’est pas écrite sans pannes ni avatars, elles interrogent en profondeur les enjeux esthétiques, philosophiques, politiques à l’œuvre, les mettent en résonance et les resituent dans l’ensemble du paysage théâtral, culturel et politique du moment.
Du coup, et comme le remarque François Rancillac dans sa préface, « qu’il s’agisse du rapport entre l’économie privée et l’aide publique, entre professionnels et amateurs, entre création et répertoire, ancrage local et rayonnement national, le Théâtre du Peuple a ceci de singulier qu’il concentre toutes les tensions et les dynamiques qui agitent l’art théâtral du XIXème siècle à aujourd’hui ». C’est dire qu’à travers l’histoire de Bussang, c’est toute l’histoire du théâtre qui affleure.

Le Théâtre du Peuple 120 ans d’histoire de Bénédicte Boisson et Marion Denizot

Editions Actes Sud 298 pages 30€

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