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Critiques / Théâtre

Le Syndrome de Cassandre de et par Yann Frisch

par Corinne Denailles

Clown, ce n’est pas une vie

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Dans la mythologie grecque, Cassandre était une très belle jeune fille qui avait le don de préscience de l’avenir mais malheureusement personne ne croyait ses prédictions à cause d’un sort jeté sur elle par Apollon. Elle vécut solitaire et finit assassinée. Cette figure mythologique, réputée pour annoncer des événements funestes, a en commun avec le clown sa solitude tragique. On pense à la belle chanson de Giani Esposito qui dit entre autres : "s’accompagnant d’un doigt, de quelques doigts le clown se meurt...d’une petite voix comme il n’en a jamais eu, il parle de l’amour, de la joie sans être cru... ". Le clown peut nous raconter toutes les histoires qu’il veut, on ne le croit jamais et on rit de bon cœur de ses mésaventures, de ses maladresses, de ses désarrois. C’est pourquoi le clown de Yann Frisch n’a pas un nez rouge mais un nez noir et raconte des histoires bien noires ; Son personnage tient du clochard dépenaillé ; il dialogue avec les objets qui sont ses vrais complices. Le visage en mouvement perpétuel, mangé par une tignasse emmêlée, perdu dans son grand manteau noir, il arpente la scène comme une cage, la cage où le public l’aurait enfermé pour se moquer de lui. Pourtant, le clown triste est aussi un fameux magicien capable d’extraire de la doublure de son vêtement les objets les plus extravagants, de faire danser un balai ou de disparaître véritablement à la demande du public. La magie, spécialité de l’artiste qui fut champion du monde de magie en 2012, est l’art consommé de la manipulation et c’est la subtilité du spectacle qui tourne autour de cette idée. Le public voit dans le clown un personnage vulnérable et bêta quand il est un grand manipulateur des émotions du spectateur qu’il transforme en enfant quand il se prend pour un adulte pas dupe. Au-delà du numéro très réussi, le spectacle, co-écrit avec Raphael Navarro, est une réflexion sensible sur le statut du clown et sur l’art de la manipulation.

Le syndrome de Cassandre, un spectacle de et avec Yann Frisch, co-écriture Raphaël Navarro. dramaturgie : Valentine Losseau ; lumière : Elsa Revol ; scénographie et costumes : Claire Jouët-Pastré. Au théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 avril 2016 à 20h30. Durée : 1h. Tél : 01 44 95 98 21.

© Giovanni Cittadini Cesi

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