Accueil > Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon

Critiques / Théâtre

Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon

par Corinne Denailles

Antigone au Liban

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le roman de l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2013. Chalandon a été reporter de guerre au Liban dans les années 1980, à l’époque de la guerre civile et des massacres de Sabra et Chatila. Il était aussi en Afghanistan, en Irak. Il a écrit ce roman comme une sorte d’exutoire aux émotions qu’il ne pouvait exprimer alors.
Le personnage principal, Georges, alter ego de Chalandon, ne peut refuser à son ami malade Samuel Acounis, un Juif grec de Salonique, de prendre en charge la réalisation de son projet de mise en scène d’Antigone d’Anouilh au Liban. Par amitié, Georges s’embarque un peu naïvement dans cette aventure sans bien en mesurer les risques. Pris en charge à son arrivée par un chauffeur druze, il va rencontrer les acteurs pressentis par Acounis qui justifie son choix d’Antigone parce qu’il y est question de fierté et de terre. L’ambiguïté de la pièce, en son temps applaudie par la résistance et la collaboration pour des raisons opposées et restée longtemps suspecte, laisse le champ ouvert pour que chacun, selon sa confession et sa position politique y trouve son compte. En effet, la distribution choisie rassemble un phalangiste chrétien, des musulmans sunnite et chiite, un chrétien maronite, sans oublier le chauffeur druze et le metteur en scène juif. L’objectif est d’ouvrir un espace de répit, de créer une trêve provisoire où chacun oublierait sa religion et son camp, de rêver une éclaircie pour éclairer les esprits aveuglés par la haine. Mais le vrai sujet est la guerre dans laquelle Georges se trouve jeté et engagé et qui assassinera ce beau projet avec l’horreur du massacre de Chatila en 1982.

La compagnie a réussi une transposition théâtrale fidèle au roman sans rien omettre des jalons du récit mais peut-être justement trop fidèle. Il aurait fallu concevoir des ellipses, en particulier au début, trop long. De beaux moments chorégraphiés (par Fanny Riou) et musicaux (compositeur Nicolas "TIKO" Giemza) expriment l’émotion indicible avec simplicité. Sur le plateau règne une énergie vitale et tragique mais le rythme très rapide du spectacle interdit les nuances. La scénographie use de plaques et cubes de tôle étamée mangés par la rouille, manipulés pour figurer les lieux et les situations et qui évoquent décombres et bâtiments à l’abandon. L’abstraction du décor laisse toute la place aux jeux des acteurs tous excellents. Un spectacle qui manque un peu d’équilibre mais reste fort, dense et émouvant.

Le quatrième mur de Sorj Chalandon. Avec Samuel Camus, Mathilde Dutreuil, Salla Lintonen, Yannick "Yao" Louis, Nicolas Moisy, Alexandra Nicolaïdis ; scénographie ; chorégraphie, Fanny Riou ; musique, Nicolas "TIKO" Giemza. Avignon, Chapelle du verbe incarné jusqu’au 30 juillet à 14h35. Durée : 1h40. A partir de 12 ans. Résa : 04 90 14 07 49.

© Michel Cavalca

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.