Du 7 au 16 novembre à La Commune -CDN Aubervilliers, et du 26 novembre au 6 décembre 2025 au Théâtre de la Bastille/ Festival d’Automne à Paris.

Le Paradoxe de John, conception, scénographie et mise en scène de Philippe Quesne.

Un divertissement-joyau ludique et formel.

Le Paradoxe de John, conception, scénographie et mise en scène de Philippe Quesne.

Philippe Quesne est inclassable, c’est peu de le dire, plein d’humour et de facéties tournant autour d’images pop solaires et significatives, pour le dire vite, à la manière d’Andy Warhol, et en souriant sur un plateau incongru, il convoque le public, avec un brin de mélancolie, à goûter des références artistiques - peinture, sculpture, littérature… - de notre temps. L’inventif metteur en scène et scénographe prolonge avec Le Paradoxe de John de la poète et romancière Laura Vazquez une collaboration sur l’écriture initiée avec Fantasmagoria (2022), continuée avec Le Jardin des Délices (2023).

Dans la même scénographie que L’Effet de Serge (2007), où un être solitaire campait dans son appartement, organisant le dimanche des spectacles pour ses amis. Ses « miniatures » – une à trois minutes – dessinaient un imaginaire poétique et drôle, entre la solitude de l’inventeur ténébreux et l’amitié d’un cercle d’amis patients, commente Philippe Quesne lui-même.

Le décor de l’appartement avec ses murs simples, sa porte et sa baie vitrée est réactivé - une scénographie naturaliste et rudimentaire pour le cadrage d’actions imprévisibles, inattendues, loufoques et grotesques. Entre planches ou poutres de bois, des tréteaux posés, un matériel iconoclaste est rivé là.

Les personnages, Isabelle Angotti, Céleste Brunnquell, Marc Susini, Veronika Vasilyeva-Rije, sont somptueux et percutants, lumineux et dessinés avec acuité - femmes élégantes, chic et libres, et hommes spectateurs ouverts à l’insolite. Le galeriste-amateur trouve le lieu idéal - l’appartement de Serge - et organise une exposition avant un vernissage somptueux de fin de partie.

Ce théâtre d’objets a rendez-vous avec l’absurde et la poésie - des objets dans un intérieur, un espace devenu cabinet de curiosités. « Le Paradoxe est une réponse à une vitesse du monde qui veut toujours accélérer, toujours trouver de la nouveauté ». Les dames s’enroulent dans de larges étendues de linoléum imitant le parquet, bougeant et avançant comme des vers de terre. A cour, trônent des sortes de monstres pour enfants, formes coniques verticales recouvertes d’une couverture grise de déménagement, qui donnent l’impression de respirer, entre animé et inanimé. Et une interprète bien vivante rejoint cette communauté animale.

Ici, des matériaux lisses ou pelucheux, matières artificielles plus ou moins rugueuses, jusqu’au bouillonnement et la rigidité d’une crème Chantilly devenue solide, et dont les personnages aux couleurs vives s’affublent et se déguisent à l’envi.

Se font entendre des musiques de John Cage, héros de la réconciliation humain/non-humain et de la puissance poétique des matériaux. Du tact et de l’art dans le maintien des acteurs-visiteurs, portant perruques et autres accessoires, à l’aise dans leur fonction de divertissement créatif et partagé avec un public réceptif et consentant aux extravagances livrées.

Les textes relèvent de formes très éparses : « J’ai connu une femme longtemps/ elle pensait on ne devrait pas savoir qu’on va mourir/ on ne devrait pas dire aux enfants nous mourons/ on devrait former une nouvelle génération d’humains ignorants de la mort/ car si les humains meurent, c’est qu’ils savent qu’is vont mourir/ ils mourraient moins s’ils ne le savaient pas/ certains mourraient d’autres ne mourraient plus/ c’est ce que pensait la femme… » (Se succèdent et se répètent sans interruption dans toutes les sphères célestes et mentales, Laura Vasquez).

Un spectacle-joyau, un divertissement formel à l’extrême, ludique, joueur.

Le Paradoxe de John, conception, mise en scène et scénographie Philippe Quesne (Vivarium Studio). Avec Isabelle Angotti, Céleste Brunnquell, Marc Susini, Veronika Vasilyeva-Rije, Marc Chevillon, textes originaux Laura Vazquez, costumes Anna Carraud assistée de Mirabelle Perot, régie et collaboration artistique François Boulet, Marc Chevillon, collaboration technique Thomas Laigle, peintre décoratrice Marie Maresca. Production Alice Merer / Vivarium Studio, assistante production Mathilde Prevors.Présenté en co-réalisation avec Le Festival d’Automne à Paris. Du 7 au 16 novembre 2025, à La Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers. Du 26 novembre au 6 décembre 2025 au Théâtre de La Bastille/ Festival d’Automne à Paris. Du 22 au 25 janvier 2026 au Théâtre Garonne - Scène européenne, Toulouse.
Crédit photo : Martin Argyroglo.

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Véronique Hotte

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