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Critiques / Théâtre

Le Méridien d’après Paul Celan

par Corinne Denailles

Nicolas Bouchaud, un arpenteur de la pensée

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Depuis la mémorable Loi du marcheur où il faisait dialoguer Serge Daney et Régis Debray, Nicolas Bouchaud construit un parcours artistique personnel singulier, même si l’aventure est plurielle puisqu’il la mène avec la complicité du metteur en scène Eric Didry et Véronique Timsit. Il nous embarque dans une réflexion sur l’art et la poésie avec pour guide le poète Paul Celan et un texte atypique puisqu’il s’agit du discours de remerciements que l’écrivain prononça lors de la réception du prix Georg Büchner qui lui fut attribué par un aéropage d’intellectuels et d’écrivains en 1960 à Darmstadt. Une situation à haute tension pour ce poète de langue allemande dont la famille fut déportée et qui fut condamné à des travaux forcés. Son œuvre, quelque peu hermétique, témoigne, à l’instar de Samuel Beckett, de la nécessité d’inventer d’autres voies d’écriture après la Shoah. Celan écrit dans un engagement de tout son être contre l’oubli, le révisionnisme et l’indifférence. Il ne se remettra jamais de la tragédie de l’holocauste et après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, il se jettera dans la Seine en 1970.

Art poétique

Derrière la façade formelle d’un discours convenu, il développe ce qu’on peut appeler son art poétique à partir de l’œuvre de Georg Büchner — né en 1813 à côté de Darmstadt, justement — en particulier « Lenz », inspiré de l’histoire de ce poète élève de Kant er ami de Goethe qui devint fou et dont Büchner s’emploie à imaginer de l’intérieur ce que fut sa souffrance et sa folie à partir du journal du pasteur Oberlin qui l’avait recueilli le 20 janvier 1778. Dans son discours, Celan fait une distinction de nature entre l’art et la poésie. La poésie est un souffle, un souffle de vie, une expérience intime et partagée ; « je ne vois pas de différence entre un poème et une poignée de main » déclarait-il. La poésie comme une quête de l’autre mais aussi comme un rêve de reconquête de sa langue maternelle volée par les nazis.

Transmettre

Le spectacle commence par une jolie anecdote : Bouchaud raconte qu’un jour la fille de sa compagne est venu lui demander du secours parce qu’elle ne comprenait rien à la poésie de Rimbaud ; incapable de lui expliquer Rimbaud il ne pouvait que répéter « ben c’est beau quoi, c’est beau ». Comment transmettre l’art, l’émotion artistique ? Nicolas Bouchaud mouille sa chemise, s’enflamme, s’exalte à proportion de la difficulté d’un exercice qui paraîtrait aride et escarpé si ce n’était son art de prendre le spectateur par la main et de le guider dans cette aventure de la pensée. Pédagogue, il trace des repères sur le tableau noir du sol comme autant de points d’ancrage, plus tard recouverts par de la poussière de craie comme une pluie grise de cendres sur les mots d’autrefois et sur laquelle il faut maintenant écrire. Paul Celan prononça son discours seulement quinze après les camps de la mort.

Le Méridien d’après Paul Celan, un projet de et avec Nicolas Bouchaud ; traduction Jean Launay, Irène Bonnaud ; adaptation Nicolas Bouchaud, Eric Didry, Véronique Timsit ; mise en scène Eric Didry ; lumières, Philippe Berthomé ; scénographie, Elise Capdenat. Au théâtre du Rond-point dans le cadre du Festival d’automne, jusqu’au 27 décembre 2015, du mardi au samedi à 20h30. Tél : 01 53 45 17 17/01 44 95 98 21.
www.theatredurondpoint.fr
www.festival-automne.com

© Jean-Louis Fernandez

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