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Critiques / Théâtre

Le Mariage de Maria Braun

par Jean Chollet

Thomas Ostermeier théâtralise Fassbinder avec brio

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C’est en 2007, à Munich, que le metteur en scène et directeur artistique de la Schaubühne de Berlin, offre une première version de son adaptation théâtrale du film de Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), réalisé en 1978. Elle a fait depuis l’objet de plusieurs reprises, dernièrement lors du Festival d’Avignon 2014. L’histoire de Maria Braun, commence en 1943, année où elle épouse un soldat allemand, Herman, contraint de repartir au front le lendemain de la cérémonie. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, espérant son retour, on lui apprend sa mort au combat. Pour vivre, elle devient entraineuse dans un bar réservé aux troupes américaines et tombe amoureuse de Bill, militaire noir, partageant ses sentiments. Un jour, les deux amants sont surpris par l’arrivée de Herman, de retour de captivité en Russie. Au cours d’une bagarre impliquant le trio, Maria tue Bill d’un coup de bouteille. Accusée de meurtre, elle échappe à la prison, Herman déclarant devant le tribunal être coupable de l’homicide. Il est condamné à une longue détention. Plus tard, lors d’un voyage en train, Maria rencontre un riche industriel français, Oswald, dont elle devient la secrétaire et la maîtresse, intégrant le triumvirat qui dirige la société, preuve de sa réussite professionnelle et sociale. En attendant la libération de Herman, elle achète une maison où ils pourront vivre heureux. Mais, à sa sortie, celui-ci a besoin de se reconstruire et part pour le Canada. Ils se retrouveront lors de l’ouverture du testament de Oswald, qui avait visité Herman en prison pour établir une complicité avec le mari de la femme aimée, leur léguant à parts égales la totalité de sa fortune. En 1954, le jour de la victoire de l’équipe allemande de football en coupe du monde, Maria, seule dans sa maison, oublie de fermer le gaz et en allumant sa cigarette provoque une explosion qui l’entraîne dans la mort. Accident ? Suicide ? Cette fin demeure énigmatique et laisse à chacun sa liberté d’imagination.

Des comédiens magnifiques.

A travers la trajectoire de cette épopée féminine, le réalisateur brossait un tableau historique, politique et social de l’Allemagne décadente, sous le régime nazi, puis à la fin de la guerre en adoptant des moyens de reconstruction économiques, réalistes et opportunistes. Sans aucun préjugé, et en passant par la perte des valeurs et des sentiments. Une réalité qui prend aujourd’hui une résonance universelle, particulièrement ressentie dans la mise en scène de Thomas Ostermeier. En restant très fidèle au scénario, il ne cherche pas à en reproduire ses images, mais trouve dans le vocabulaire théâtral les moyens d’en faire ressentir les enjeux et la portée. Au cœur d’un vaste espace assimilable à un hall de réception, dont les baies occultées par des rideaux reçoivent des projections de la jeunesse de Maria et d’actualités, le déplacement à vue du mobilier localise avec sobriété les différents lieux traversés par les personnages. Ceux – ci sont interprétés par quatre très bons comédiens investis dans plusieurs rôles, féminins et masculins, qui entourent Ursina Lardi, formidable Maria, dont le talent, la présence, la sensualité, l’engagement et la vitalité, supportent la comparaison avec la grande prestation filmique originelle de Hanna Schygulla. Avec eux, dans la fluidité du rythme et des enchaînements, sous une simplicité apparente, le metteur en scène prouve une nouvelle fois sa maitrise intelligente de la scène, en prise directe avec la vie, déjà illustrée à maintes reprises dans ses créations.

On retrouvera avec plaisir Thomas Ostermeier lors du prochain festival d’Avignon pour un Richard III , créé au printemps à la Schaubühne, avec dans le rôle titre une des stars de la troupe, Lars Eiinger.

Die Ehe der Maria Braun (Le Mariage de Maria Braun), d’après le film de Rainer Werner Fassbinder, mise en scène Thomas Ostermeier, avec Thomas Bading, Robert Beyer, Moritz Gottwald, Ursina Lardi, Sebastian Schwarz. Scénographie Nina Wetzel, vidéo Sebastien Dupouey, costumes Nina Wetzel et Ulrike Gutbrod, musique Nils Ostendorf. Durée 1 heure 45.

Théâtre de la Ville Paris jusqu’au 3 juillet 2015.

Photo © Christophe Raynaud De Lage

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