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Le Festival MAR.T.O.

par Dominique Darzacq

les Hauts-de-Seine à l’heure de la marionnette

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Comme chaque année depuis quinze ans, à quelques encablures de l’hiver, c’est tout un peuple de pantins, poupées de chiffon ou de mousse, marottes et autres Kokoschka avec, dans leurs valises, une noria d’objets insolites ou recyclés, qui émigrent sur les tréteaux des Hauts-de-Seine, l’espace d’un festival. Cette année du 21 novembre au 6 décembre.

Ils furent d’abord trois, rassemblés autour de l’envie de propager auprès du public adulte leur intérêt pour la marionnette et le théâtre d’objets, ils sont aujourd’hui le double à mutualiser leur passion et leurs efforts à nous démontrer que pour séculaire qu’il soit, l’art de la marionnette est un art sans cesse en mouvement, ouvert à tous les métissages et à l’air du temps, faisant du Festival MAR.T.O (Marionnettes et Théâtre d’objets) une des manifestations majeures du calendrier artistique. S’y conjuguent pour cette 15ème édition, les compagnies de référence et les jeunes troupes, le souci de la découverte comme celui de la fidélité qui fait du public l’indispensable témoin de la trajectoire d’un artiste.

La nuit de la marionnette

Autant d’objectifs à l’œuvre pour ce désormais rendez-vous incontournable qu’est "La Nuit de la marionnette" au Théâtre Jean-Arp de Clamart (22 novembre). De 19h30 à 6 heures du matin, marionnettes, objets, ombres, vidéos, environnement sonore s’éclatent dans tous coins et recoins du théâtre et convient le public à une excitante déambulation à la rencontre de spectacles intimistes ou plus spectaculaires. Au total une dizaine de troupes d’ici ou d’ailleurs (Belgique, Israël) qui du rire aux larmes nous offre « un panorama haut en couleur de ce qui existe en matière d’écritures contemporaines ou d’adaptations surprenantes ».


Outre « La Nuit de la marionnette », le Théâtre Jean- Arp, une des rares scènes conventionnées pour la marionnette et le théâtre d’objets, propose également dans le cadre du Festival trois autres spectacles, De Passage théâtre d’ombres et de marionnettes de Stéphane Jaubertie et Johanny Bert. A partir du concept selon lequel « il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme : hier, aujourd’hui, demain », le spectacle nous parle du temps qui passe et de la fragilité du monde (27-28 novembre), Josette for ever conçue par Patrick Conan et héroïne emblématique de la compagnie Troussebœuf, une vieille dame vindicative et acariâtre, une drôle de marionnette à sac avec une plume sur la tête que l’équipe, pour le dernier volet de la saga, expédie en enfer au cours d’ un spectacle exposition savoureusement délirant, tenant, nous dit-on, « de l’ethno-installation et de la performance déambulatoire » (du 2 au 6 décembre).

Toujours proposé par le Théâtre Jean-Arp, mais dans le parc de Sceaux Cœur cousu d’après le roman de Carole Martinez par le collectif des Baltringues qui a imaginé toute une ribambelle de marionnettes et d’objets rouillés, découpés, ciselés qui s’animent sur des chants flamencos et donnent toute sa saveur fantastique à ce conte cruel dans lequel depuis la nuit des temps une lignée de femmes se transmettent une boîte mystérieuse (4-5 décembre).

Pour sa part, Sylvain Maurice qui a « l’impression d’apprendre chaque fois qu’il travaille la marionnette » propose une adaptation d’un texte que Marguerite Duras a souvent remis sur le chantier La Pluie d’été qu’il concentre sur L’histoire d’Ernesto , fils aîné d’une famille d’immigrés, qui refuse d’aller à l’école parce qu’on y apprend des choses qu’il ne sait pas. « Une fable sur la construction de soi-même au moment particulier de l’adolescence » explique Sylvain Maurice qui a réuni sept jeunes acteurs marionnettistes de l’école de Charleville-Mézières et diversifie les différentes échelles et techniques de manipulation (Kokoschka, marionnettes portées…) pour « mieux faire ressortir l’humour, la naïveté, l’esprit clownesque de l’œuvre » (3 et 5 décembre Malakoff).

C’est une excursion insolite du côté de l’Olympe que nous propose le Théâtre La Piscine de Châtenay - Malabry avec Bestiaire conçu par la Dudapaiva company (Pays-Bas). Si rien ne se passe comme prévu dans ce très curieux Panthéon, il est l’occasion d’un superbe dialogue « entre danseurs et marionnettes en mousse de taille humaine, où l’on glisse avec humour et magie dans un univers visuel inattendu » et où « le vent du présent ébouriffe les divines figures mythologiques » (28 novembre).


Entre le ciel chamboulé par les turbulences olympiennes et notre terre dévastée par la folie des hommes, il n’y a qu’une banlieue à franchir et passer du Théâtre de la Piscine au Théâtre Victor-Hugo à Bagneux qui propose Mine noire . A mi-chemin de la marionnette et de l’objet, des êtres cul-de-jatte et lobotisés s’activent dans un univers visuel et sonore de mutations atomiques. A travers ce spectacle qui nous plonge au plus profond de puits où gisent des vestiges de notre civilisation, la CréatureS Compagnie nous interpelle - cruellement mais avec humour - sur l’état de notre planète et sur ce que nous en laisserons à nos enfants (28-29 novembre).

Le Blik Théâtre qui pratique un théâtre gestuel et mixe le cirque, le clown et la marionnette fait cohabiter des gens ordinaires et des êtres biscornus, et trouble les frontières entre comédiens et marionnettes, manipulation et manipulé pour nous parler de « la solitude, du handicap et plus généralement du regard de la société sur les différences » (Hullu Théâtre de Châtillon 4-5 décembre).

Mais les trois coups qui ouvriront le festival seront frappés à Fontenay-aux-Roses, au Théâtre des Sources qui invite le public à une virée en Turakie, un pays singulier qui ne figure sur aucun cadastre sauf celui de l’imaginaire et où on rencontre d’étonnants personnages à tête d’arrosoir ou de théière. Un pays dont l’orchestre national a disparu. C’est donc sur les traces de cet orchestre « fantôme, coincé entre fanfare de chambre et électro-pop philharmonique de campagne » que nous engage le spectacle du Turak Théâtre de Michel Laubu, emblématique d’un théâtre d’objets recyclés à des fins poétiques. C’est ainsi qu’au milieu des décombres de l’IFTO (Import’nawouak Turakian Folflorique Orke’star) il est probable que le spectateur aperçoive entre une forêt de pupitres, « un musicien sirène-derviche, chargé d’instruments ouverts à tous les vents, probablement né de la rencontre rêvée d’un pompier avec tuba et d’une charmante en queue de poisson des fonds marins » ( « Sur les Traces de l’IFTO »- 21 novembre).

Pour se remettre de ses aventures, ou avant de les affronter, ce même spectateur pourra déguster au bar du théâtre la fameuse « assiette Turakie ». C’est dire que le Festival MAR.T.O ne se veut pas seulement effervescent et festif, mais aussi très goûteux.

Festival MAR.T.O 15ème édition du 21 novembre au 6 décembre

Aux théâtres : Firmin-Gémier/ La Picine, châtenay-Malabry 01 41 87 20 84
Victor-Hugo à Bagneux 01 46 63 10 54
Jean-Arp à Clamart 01 41 90 17 04
Des Sources à Fontenay-aux-roses 01 41 13 40 80
Théâtre 71 à Malakoff 01 55 48 91 00
Théâtre de Châtillon à Châtillon 01 55 48 06 90

Photos : « Sur les traces de l’IFTO » ©Romain Etienne, « Josette for ever » ©Garin Trousseboeuf , « Histoire d’Ernesto » ©Christophe Loiseau, « Mine Noire » DR

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