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Critiques / Théâtre

Le Crépuscule d’après André Malraux

par Gilles Costaz

Deux grands esprits parlent pour la postérité

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Dans sa préface aux Chênes qu’on abat, où il se représente dialoguant avec De Gaulle, André Malraux écrit : « Je ne me suis pas soucié d’une photographie, j’ai rêvé d’un Greco dont le modèle serait imaginaire. Ces pages, lorsque je les écrivais, étaient destinés à une publication posthume. Je ne souhaitais pas fixer un dialogue du général de Gaulle avec moi, mais celui d’une volonté qui tint à bout de bras la France, avec la neige sur les vastes forêts sans villages depuis les Grandes Invasions, dont le général s’enveloppait d’un geste las. Tout cela s’achevait par mon départ et la tombée de la nuit, mais le destin s’est chargé de l’épilogue. » Sacré Malraux ! Est-ce vrai, est-ce faux cette conversation, à Colombey-les-Deux-Eglises, entre le chef d’Etat et l’écrivain qui passent en revue les années de guerre et d’après-guerre et proposent des formules d’éthique politique parfois ciselées comme des médailles ? Malraux pose avec De Gaulle pour la postérité, bien qu’il se défende d’avoir écrit "une photographie".
Le spectacle élaboré et mis en scène par Lionel Courtot est aussi imaginaire et réel que le livre. Dans un climat bleu nuit, entre une bibliothèque feutrée et un bureau silencieux, la rencontre entre les deux grands esprits se passe dans une certaine solennité. Tous deux sont unis dans de mêmes préoccupations mais chacun est parallèle à l’autre avec une pensée qui semble répondre mais suit un chemin voisin et différent. Souvent debout, s’accordant quelques déplacements à pas comptés, les deux interprètes figurent leur modèle sans application, sans obsession de l’imitation, privilégiant la tension intérieure, appuyant leurs paroles sur un passé invisible et qui, pourtant, densifie l’atmosphère. Philippe Girard est un remarquable De Gaulle. Adoptant un peu de raideur militaire, Girard dessine et nuance un personnage de chef d’Etat habitué à être le supérieur de toute personne qui lui rend visite, pourtant fragile, acceptant la complicité intellectuelle mais pas la connivence amicale. John Arnold est tout aussi magnifique. Se refusant à jouer les fameux tics de Malraux, il campe un écrivain voûté et nerveux, fier de ses raisonnements mais acceptant d’être le numéro deux inavoué de cette compétition entre géants. Quant au dialogue lui-même, il a ses moments de lumière. Le duo est austère, serré à l’extrême dans sa langue classique et recherchée, sans véritable progression romanesque. Mais quelles envolées, quelle vivacité des moments immobiles et quelle belle effraction dans le mental des puissants privés de pouvoir !

Le Crépuscule d’après Les Chênes qu’on abat d’André Malraux (Gallimard), adaptation et mise en scène de Lionel Courtot, scénographie d’Alexandre Fruh, lumières de Xavier Martayan, son de Michaël Lefèvre, costumes d’Eléa Pardo et Habib Bentaieb.

Festival off, Avignon : Présence Pasteur, 18 h 15, tél. : 04 32 74 18 54, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1 h 15).

Photo Max Freyss.

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