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Critiques / Théâtre

La Version Browning de Terence Rattigan

par Corinne Denailles

cruel et tendre

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Le dramaturge anglais Terence Rattigan est d’une génération plus jeune que Pinter auquel on ne peut éviter de comparer ses comédies cruelles et au second degré très british qui mordent à pleines dents dans la chair des mœurs britanniques. Si l’esprit est voisin, chacun imprime à ses pièces la personnalité d’une composition parfaite et d’une écriture vive et singulière. D’une certaine manière cette Version Browning a une modernité que n’ont plus certaines pièces de Pinter qui paraissent souvent datées.
C’est un condensé de tragédie humaine sous couvert de comédie. On assiste au naufrage d’un vieux professeur d’université acariâtre détesté par ses élèves et ses collègues, trahi par sa femme (Marie Bunel très juste et odieuse à souhaits) qui le trompe avec un collègue plus faraud que lui, interprété tout en rondeurs par Benjamin Boyer à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Croker Harris (affublé du surnom de Croquignol) n’était pas fait pour ce métier qui demande un minimum de charisme dont il est définitivement dépourvu. Accablé par tant d’humiliations, pour sauver la face, il s’est taillé une réputation de sévérité et de rigorisme qui l’a fait surnommer le « Himmler de la seconde ». La pièce commence le dernier jour de sa dernière année scolaire. L’élève Taplow est convoqué pour un cours de rattrapage quand tous ses camarades se sont égayés. Dans le huis-clos de son bureau se joue la tragédie de cet homme corseté dans un rigorisme dévastateur, victime de lui-même, malade, qui peu à peu prend conscience de l’image qu’il donne et en souffre. Histoire de remuer le couteau dans la plaie, Crocker Harris doit recevoir la visite de son successeur en quête de conseils. La rencontre sera saignante.
Le jeune Taplow (excellent Thomas Sagols) trouvera la brèche dans l’armure du maître et, cynisme de l’écrivain, l’amant repentant offrira son amitié à ce loup solitaire et malade, auquel Jean-Pierre Bouvier donne beaucoup d’humanité. La mise en scène de Patrice Kerbrat est sans surprises, très classique et la pièce très heureusement interprétée. Peu souvent montée, cette pièce avait été magnifiquement mise en scène par Didier Bezace, avec Alain Libolt dans le rôle du professeur sur un mode plus intériorisé et distancé. Deux versions de qualité d’une œuvre à découvrir.

La Version Browning de Terence Rattigan, adaptation et mise en scène Patrice Kerbrat. Avec Jean-Pierre Bouvier, Marie Bunel, Benjamin Boyer, Pauline Devinat, Philippe Etesse, Nikola Krminac, Thomas Sagols. Déco, Edouard Laug ; lumière, Laurent Béal ; costumes, Caroline Martel.
Au théâtre Poche-Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, dimanche 15h. Durée : 1h25. Résa : 01 45 44 50 21.
www.theatrepochemontparnasse.com

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