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La Scala-Paris frappe ses trois coups

par Dominique Darzacq

Mieux qu’un théâtre de plus, une maison pour les artistes

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Quels que soient les stars et les grands noms de la scène nationale et internationale, cette saison sera d’abord marquée par ce qui est l’évènement de cette rentrée théâtrale : l’ouverture de La Scala-Paris, lieu singulier ouvert au pluriel des arts, ainsi que l’ont voulu Mélanie et Frédéric Biessy, couple qu’unit le goût des aventures qui accélèrent le rythme cardiaque.
Elle, femme d’affaire de haut vol, gérant au sein d’Austin Infrastructures Partners, les plus importants fonds dédiés aux infrastructures en Europe. Lui, ancien animateur radio tombé dans la marmite théâtre en découvrant les spectacles de Patrice Chéreau et Richard Peduzzi au Théâtre Nanterre Amandiers où il allait prendre des cours de diction. Devenu producteur indépendant, il fonde en 1986, la société « Les Petites Heures » et produit de nombreux spectacles de danse, musique, cirque et de théâtre qui seront l’occasion de rencontres qu’il juge déterminantes notamment avec Bartabas, Yasmina Reza, Simon Mc Burney , Krystian Lupa, Luc Bondy ou de compagnonnages jalonnés de beaux succès comme avec Marc Paquien (Une très subtile Locandiera avec Dominique Blanc et André Marcon, Oh les beaux jours avec Catherine Frot ou encore Le Silence de Molière avec Ariane Ascaride).
Le hasard d’une petite annonce conjuguée au ras l’bol de l’éternelle bataille théâtre public théâtre privé à laquelle se heurtent parfois les plus beaux projets ont servi de déclic à la décision d’acheter La Scala qui se voulait, lorsqu’elle fut construite en 1873, l’égale de celle de Milan. Au cours de ses avatars, elle fut un glorieux café- concert où, de Paulus à Damia en passant par Yvette Guilbert, Fréhel, Mistinguett, Dranem, se produisaient les « vedettes » de l’époque, un cinéma où l’on courait voir les films de Tati, Buñuel ou Godard avant qu’il ne devienne en 1977 le premier multiplexe pornographique de la capitale et avant de devenir dès sa fermeture en 1999 l’abri des pigeons.
Théâtre privé esprit public
C’est une salle en ruine, mais dont le volume ouvre sur tous les possibles que Mélanie et Frédéric Biessy ont décidé d’acquérir et de réhabiliter sur leurs fonds propres - ce qui ne s’était pas fait depuis 1880 - pour y construire « une boîte à jouer » et inventer un nouveau modèle d’entreprenariat culturel privé/public soit pour Mélanie Biessy « de relever un nouveau défi, de faire bouger les lignes. Il y a dans le privé et dans le public des vertus qu’il nous semble urgent de rapprocher » explique-t-elle. « Mieux qu’un théâtre de plus, nous avons voulu créer une maison des artistes qui soit un outil à leur main, un espace entièrement modulable qui puisse répondre à leurs besoins de questionner les formes, à leur désir de transversalité, donc ouvert à toutes les disciplines du spectacle vivant, théâtre, danse, musique, mais aussi aux arts visuels et numériques » Indique de son côté Frédéric Biessy qui, dès l’acquisition du lieu, a invité des artistes, notamment ceux avec lesquels il avait travaillé, à visiter ce vaste espace à l’abandon mais riche de son histoire, à en respirer l’air pour éventuellement s’en inspirer. C’est donc en dialogue avec eux que s’est inventée la grande salle dotée d’une acoustique « variable » et dont la jauge peut passer de 750 à 550 places. Ses gradins modulables ont été conçus par l’architecte scénographe Richard Peduzzi également à la manœuvre pour l’architecture intérieure, la conception des différents espaces, salle de répétitions, loges, hall d’accueil, le restaurant. Le tout habillé d’un bleu ardoise profond.


C’est avec Yoann Bourgeois, un des premiers visiteurs et immédiatement séduit pas ce que le chantier offrait déjà de rêves et d’avenir, que seront frappés les trois coups de cette nouvelle aventure artistique. « J’ai rêvé d’une pièce dont le spectacle serait le lieu » nous explique l’artiste qui a baptisé son spectacle Scala . Venu à la scène par les arts du cirque et de la danse, Yoann Bourgeois qui s’est inspiré des jouets « wakouvas » et a repris pour sa scénographie « le bleu superbe » du théâtre, signe « une réaction en chaîne où les corps de huit acrobates et danseurs défient la pesanteur et résistent à la méchanceté d’objets animés » et, entre contrôle et chute nous parlent de la fragilité de l’art.
A l’affiche également de cette saison inaugurale, Thomas Jolly qui remettra en chantier pour la Scala, Arlequin Poli par l’amour de Marivaux. Dans le cadre d’une carte blanche à Yasmina Reza : Dans la luge de Schopenhauer mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia, une série de lectures concerts de son premier roman Hammerklavier avec une mirobolante brochette de comédiennes : Dominique Reymond, Emmanuelle Devos, Carole Bouquet, Nathalie Baye, Bulle Ogier, Josiane Stoléru, Nicole Garcia. Pour sa part, André Marcon, comédien majuscule et fidèle parmi les fidèles de Yasmina Reza, lira Heureux les heureux ».
Côté musique ce sera « Aux armes contemporains », un marathon musical de 48h au cours duquel se feront entendre les accords de Philippe Manoury, le trio Tristano-Chamayou-Lambert, L’Ensemble du balcon, L’Ensemble Intercontemporain….
Tels sont, avec Amor de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael quelques-uns des points cardinaux de cette première saison qui se veut tumultueuse et éclectique et d’emblée affirme que la Scala-Paris est une maison ouverte aussi bien à tous les vents des arts qu’à tous les publics, qu’elle se veut un lieu de vie qui respire l’air du large en gardant les pieds fermement ancré sur ce territoire bariolé qu’est le Xème arrondissement .

La Scala-Paris 13 boulevard de Strasbourg 75010 Paris tel 01 40 03 44 30
Ouverture avec « Scala » de Yoann Bourgeois du 11 septembre au 24 octobre
www.lascala-paris.com

photos : maquettes de la façade et de la salle de La Scala-Paris réalisées par Rémi Meunier ©La Scala-Paris

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