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Critiques / Théâtre

La Maison et le Zoo d’Edward Albee

par Corinne Denailles

Nos amis les bêtes

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L’interprétation de Laurent Terzieff et Michael Lonsdale de Zoo story d’Edward Albee en 1965 a fait le succès de cette courte pièce. En 2004, Albee, considérant probablement qu’elle était trop courte pour espérer une bonne diffusion, lui a ajouté un prologue, La Maison. Les deux pièces seront jouées ensemble sous le titre At home, at the zoo. Malheureusement cet ajout n’est vraiment pas à la hauteur de Zoo story. Albee a voulu donner un contexte social et concret à son propos qu’il ne fait qu’affaiblir. A la question de l’animalité qui sommeille en chacun de nous, il a voulu ajouter celle du "vivre ensemble" comme on dit aujourd’hui. Dans un appartement bourgeois de Central park, Peter (Jean-Marc Bourg) et Anne (Fabienne Périneau) forment un couple apparemment sans histoires, amoureux et heureux. En fait, cela ne va pas si bien. Comme on peut s’y attendre le couple souffre d’un manque de communication mais surtout, Anne est frustrée sexuellement et s’en plaint. La crudité de son désir et des dialogues est censée traduire les pulsions animales qui nous régissent mais ils ne sont que platitudes et les comédiens ont beau faire, ils ne peuvent sauver le spectateur de l’ennui. La scénographie abstraite s’accorde à la lourdeur de la mise en scène de Gilbert Désveaux.

On aurait préféré qu’il se contente du Zoo malgré sa brièveté car dans ce court opus percutant Albee dit mille fois mieux ce qu’il tente de démontrer laborieusement dans La Maison. Peter, sorti dans Central park pour échapper au conflit conjugal, se voit pris à parti par un être étrange, SDF et poète, violent et séducteur, cultivé et grossier, un être fêlé dans tous les sens du terme, magnifiquement interprété par Xavier Galllais, même s’il appuie parfois un peu trop le trait. Il a quelque chose du regretté Patrick Dewaere dans ses excès mêmes, ses brusques revirements, dans l’expression de la solitude et de la souffrance intérieure insupportable de Jerry qui le pousse à tutoyer les extrêmes, à des comportements d’une animalité inquiétante. Blessé à mort par l’exclusion, Jerry est la victime d’une société à l’intolérance implacable représentée par Peter, interlocuteur dénué d’empathie, uniquement préoccupé de son confort bourgeois, capable de se battre pour défendre "son" banc, animé des mêmes pulsions animales sous couvert d’un vernis superficiel. Le Zoo écrit en 1958 garde toute sa puissance de frappe en 2015.

La Maison et le Zoo d’Edward Albee ; traduction Jean-Marie Besset ; mise en scène Gilbert Désveaux ; scénographie Annabel Vergne ; lumières Maryse Gautier ; son Serge Monségu ; costumes Annabel Vergne, Marie Delphin. Avec Jean-Marc Bourg, Xavier Gallais, Fabienne Périneau. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 28 juin, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30. Rés. 01 44 95 98 21. Durée : 2 heures.
www.theatredurondpoint.fr

© Marc Ginot

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