Du 8 mars au 6 avril 2025 au Théâtre de La Tempête à La Cartoucherie.

La Grande Dépression de Raphaël Gautier par Aymeline Alix.

Une Histoire du XX è siècle à consonance très contemporaine.

La Grande Dépression de Raphaël Gautier par Aymeline Alix.

Se pencher sur la carrière de Walt Disney, s’arrêter sur les goûts d’Adolf Hitler, sur l’influence de la réalisatrice et photographe d’obédience III è Reich, Leni Riefenstahl, ou bien sur la figure d’enfance heureuse de Mickey Mouse : le point de convergence se situerait en 1933, à mi-chemin entre l’Europe et les États-Unis ou, plus près, dans un cabinet banal français de psy en 2023. L’écriture débridée de Raphaël Gautier dans La Grande Dépression conte la collision de l’Histoire chez un antihéros plutôt sympa aux idées suicidaires.

Révisons à grands traits nos acquis personnels et l’Histoire - politique, économique et artistique - du siècle passé : la Grande Dépression, identifiée en 1929 comme crise économique caractérisée par le fléchissement de la consommation, la chute des cours, la baisse de la production et des prix, la montée du chômage, dont le schéma serait « activité, dépression, puis crise ». Quant à la dépression de l’état mental pathologique, reconnaissable par de la lassitude, du découragement, de la faiblesse, de l’anxiété, de l’angoisse, elle est souvent nommée « mélancolie, neurasthénie, déprime » :

« (…) il était en proie presque chaque jour à des crises de dépression mentale, caractérisée non pas positivement par de la divagation, mais par la confession à haute voix, devant des tiers dont il oubliait la présence ou la sévérité, d’opinions qu’il avait l’habitude de cacher, sa germanophilie, par exemple. » (Proust, Le Temps retrouvé, PL, t.III, p.864)

Or, pour notre plaisant antihéros de La Grande Dépression, héros scénique de comédie, incarné par le facétieux Stanislas Roquette, les antidépresseurs ou anxiolytiques ne suffisent plus. Paradoxalement clairvoyant et lucide, ce clown inadapté divague au pays du divertissement et de la propagande de masse, croisant sur sa route hallucinée des musicologues du IIIe  Reich, Blanche-Neige, les sept nains, la peluche Simba.

Vision fantastique, surnaturelle, fantasmagorie et boule magique à fictions, la metteuse en scène Aymeline Alix se saisit d’une manière de Grande Illusion, déréglée, dé-construite qui se ré-organise à vue. Les situations s’enchaînent, entre évidence et surprise, sans jamais peser, désinvoltes mais tellement éloquentes et significatives, passant d’un registre grave - la séance de psy, la réalité allemande du III è Reich - à l’univers plus léger et ouvert à l’entertainement, le divertissement vu - ironie - comme loi, rendement financier, développement de produits dérivés, sans oublier les Parcs Disneyland - exploitation des travailleurs et des comédiens intermittents.

Le Dépressif fait le lien entre les univers, commentant, installant la scénographie, manipulant le décor, les scènes, le public et les accessoires. Or, cela n’est convaincant que si les comédiens sont à la hauteur de l’enjeu.
Bingo ! Tous sont talentueux, entre humour, amusement, et retour à l’horreur. Les citer est la moindre des choses, mais nous pouvons les décrire aussi.

Chadia Amajod est une psy convaincante et rigoureuse, jolie épouse de Walt Disney et peluche Simba malicieuse. James Borniche est un Walt Disney plus vrai que nature, figure virile mâtinée et rusée à la Orson Welles. Christian Cloarec a la pompe des sombres figures redoutables, qui peut être aussi le balayeur attaché à sauvegarder la propreté du Parc Disneyland. La présence intense de Nathan Gabily joue de l’ambiguïté des figures incarnées, entre Hitler et les figures comiques. Agnès Proust est un poème à elle toute seule, jouant la mère du Dépressif, la souris emblématique de Mickey Mouse, la cinéaste allemande Leni Riefenstahl, passant d’un monde à l’autre. Ils ont tout la même envergure que Stanislas Roquette - égarés, toniques et libres.

Un bonheur scénique - écriture singulière, mise en scène joliment agencée et direction soignée d’acteurs tous vifs et percutants, simplement attachants.

La Grande Dépression, texte de Raphaël Gautier (esse que éditions), mise en scène d’Aymeline Alix. Avec Chadia Amajod, James Borniche, Christian Cloarec, Nathan Gabily, Agnès Proust, Stanislas Roquette, collaboration artistique Pauline Devinat, dramaturgie Lillah Vial, musique Nathan Gabily, scénographie Fanny Laplane, lumières Alban Sauvé, costumes Pauline Juille. Du 8 mars au 6 avril 2025, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30, au Théâtre de La Tempête, La Cartoucherie 75012 - Paris. Tél : 01 43 28 36 36 www.la-tempete.fr

Crédit photo : Arnaud Bertereau.

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Véronique Hotte

1 Message

  • La Grande Dépression de Raphaël Gautier par Aymeline Alix. 12 mars 2025 12:52, par Sage Françoise

    Bonjour,
    Comédienne, suivant l’actualité théâtrale de près et aussi Stanislas Roquette je me promets d’acheter le livre et pourquoi pas d’assister à l’une des représentations quand bien même j’habite assez loin de Paris
    J’aimerais recevoir votre newsletter pour être tenue au courant des évènements artistiques
    Je vous remercie
    Salutations cordiales
    Françoise Sage

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