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Critiques / Opéra & Classique

LA GIOCONDA d’Amilcare PONCHIELLI

par Jaime Estapà i Argemí

Amilcare Ponchielli à Barcelone

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La mise en scène de Pier Luigi Pizzi (vue à Paris en 2013) a reçu un accueil triomphal à Barcelone. Le Gran Teatre del Liceu a vécu une nuit de grande intensité lyrique, dans le cadre vénitien, impressionnant, imaginé par le metteur en scène, décorateur à la base, comme l’on sait. Les quatre décors successifs, avec le thème récurrent des escaliers, évoquant à merveille la ville et l’ambiance de Venise, ses canaux, ses gondoles et ses ponts, ont permis aux solistes, au chœur et à l’orchestre de développer l’ambiance musicale, tantôt folklorique, tantôt dramatique, demandée par le compositeur. Même les danseurs ont trouvé le moyen de développer leur art, malgré les difficultés d’espace imposées par le décor accidenté. La chorégraphie de Gheorghe Iancu a déjoué les limitations imposées par la scénographie de Pier Luigi Pizzi, et les danseurs solistes Alessandro Riga et Letitzia Giuliani, , ont créé un superbe moment de rythme et de grâce lors de la célèbre Danze delle ore au troisième acte de l’opéra.
Guillermo García Calvo a dirigé l’orchestre de la maison d’une main ferme, attentif au moindre détail, à la moindre nuance de la partition. Certes, il s’est souvent davantage intéressé à la fosse qu’à la scène, mais s’il a laissé leur autonomie aux solistes, c’est sans doute parce qu’il a jugé à juste titre qu’ils la méritaient. Il a pris en main l’ensemble des moyens sonores pendant les moments cruciaux de la partition -le concertante du troisième acte, par exemple et bien d’autres- où rien ne pouvait être laissé au hasard. Imperial et impérieux, il a régné sur la nuit lyrique imposant les rythmes et les volumes qui ont structuré le caractère très réussi de la soirée et conforme à la musique d’Amilcare Ponchielli.

En absence d’Iréne Theorin, souffrante, c’est Anna Pirozzi qui a tenu le rôle-titre. La soprano napolitaine possède les qualités dramatiques nécessaires ainsi que le niveau vocal requis pour assumer le rôle exigeant de la Gioconda, la chanteuse de rue. Elle a maintenu un excellent niveau vocal tout au long de la tessiture sans notes inaudibles ou obscures. Justesse et précision, vitesse et clarté, ont caractérisé les passages de colorature. Lyrique avec sa mère et avec son amour, mais violente aussi face à Barnaba son prédateur. L’artiste a donné un excellent témoignage du caractère, riche en nuances, de la protagoniste de la terrible histoire. A ses côtés Brian Jagde a interprété le rôle d’Enzo Grimaldo d’une voix solide, au beau timbre viril et riche en nuances, à l’émission généreuse, et prenant des risques, qu’il a toujours vaincus. Plus héroïque que lyrique, il a cependant convaincu lors de ses déclarations sentimentales, faites, en particulier à Laura Adorno, son amour interdit. C’est la mezzo Dolora Zajick qui a joué le rôle de Laura, la femme d’Alvise Baldoero. La mezzo, très connue à Barcelone, n’a pas trouvé cette fois-ci le niveau vocal dont elle avait fait son titre de gloire tant et tant de fois dans le théâtre de la Rambla barcelonaise. Néanmoins, grâce à son immense savoir-faire, elle a donné à son personnage la crédibilité vocale et dramatique nécessaires pour que l’histoire puisse se dérouler sans entrave. Le personnage du dux de Venise a été interprété à un très bon niveau par Ildebrando D’Arcangelo.
Gabriele Viviani a interprété le rôle du méchant espion Barnaba d’une voix solide et limpide. Son émission, peut-être un peu trop claire, n’a pas illustré totalement l’obsession de l’homme pour la chanteuse de rue, mais l’artiste a surpassé ce petit écueil par sa présence sur scène, son expression vocale, toujours en conformité avec ses textes, et son travail dramatique toujours prégnant et juste, jamais exagéré.
C’est, cependant, la première intervention de María José Montiel -La Cieca-, qui a fixé le niveau vocal et dramatique de la soirée. Après son aria terminé par …la mia benedizion, interprété au début de l’opéra, ses collègues chanteurs ont compris qu’ils devraient s’appliquer pour maintenir la hauteur artistique fixée d’entrée de jeu par la mezzo espagnole. Caroline Alexander avait jugé la performance de l’artiste dans ce même rôle, joué à Paris en 2013, écrivant : sa voix trouve des sonorités bouleversantes flirtant avec les graves d’un contralto (Webthéâtre, Juin 2013). Ce soir, au Liceu, on a observé que sa voix grave, non seulement a gardé l’intensité dramatique et le lyrisme d’alors, mais de plus, son timbre s’est enrichi d’une petite pointe de métal qui approfondit la dimension tragique du personnage, rehaussant par la même occasion la portée dramatique de la truculente histoire tout entière.

« La Gioconda » Opéra en quatre actes d’Amilcare Ponchielli. Livret d’Arrigo Boito. Coproduction Gran Teatre del Liceu, Teatro Real de Madrid et Arena di Verona. Mise en scène, décors et costumes de Pier Luigi Pizzi. Orchestre du Gran Teatre del Liceu. Direction musicale Guillermo García Calvo. Chanteurs : Anna Pirozzi, Dolora Zajick, Ildebrando D’Arcangelo, María José Montiel, Brian Jagde, Gabriele Viviani, Carlos Daza, Bañat Egiarte, Marc Pujol, Alessandro Riga (Danseur), Letizia Giuliani (Danseuse)
Gran Teatre del Liceu avec cette distribution les 1, 4, 7, 10, 13 et 15 avril.
http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat
Téléphone 902 53 33 53 +34 93 274 64 11 (International)
Photos Antoni Bofill

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