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L’œil du loup de Daniel Pennac

par Dominique Darzacq

Le temps d’un regard

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Daniel Pennac n’a pas seulement réconcilié plusieurs générations d’ados avec la lecture (Comme un roman), engendré toute une tribu bellevilloise, celle de Benjamin Malaussène qu’il est hautement recommandé de revisiter en cas de blues, les manigances et tribulations de la Fée Carabine et autre Petite marchande de prose » étant les plus efficaces des antidépresseurs, il a également signé quelques récits de belle verve officiellement adressés aux enfants mais qui réjouissent tout autant les grands.

Parmi ceux-ci, « L’œil du loup », conte poétique et cocasse qui raconte comment est née l’amitié entre un loup borgne d’Alaska et un ado immigré africain planté un beau matin devant sa cage et qui ne le quittait pas des yeux. « Qu’est-ce qu’il fait là, planté comme un arbre gelé » s’inquiéta le loup pour qui « le meilleur des hommes ne vaut rien » et entendait bien ne plus avoir affaire avec le genre humain. D’abord agacé et furieux de l’obstination du gamin, le loup finit par se laisser prendre au jeu. C’est ainsi qu’ils firent connaissance, chacun dévoilant son histoire et ses mésaventures en laissant l’autre « entrer » dans son œil. Deux vies dissemblables par leur univers, semblables par l’exil. Celle du loup bleu d’Alaska, traqué par la cupidité des hommes et devenu borgne lors de sa capture, celle du jeune africain que la guerre a laissé orphelin, recueilli puis vendu, qui a réussi à déjouer l’adversité en racontant des histoires, aux hommes comme aux animaux, et qui, après avoir traversé cette Afrique que l’homme n’en finit pas de détruire, échoue là au zoo. Un autre monde en somme, mais vaut-il mieux ?

Deux histoires parallèles aux images et aux émotions fortes que la mise en scène de Clara Bauer emmêle et unifie astucieusement en jouant avec humour la carte de la mise en chantier. Quelques servantes – ces lampes laissées allumées sur une scène quand il n’y a pas de représentation -, des câbles, des projecteurs et tandis que s’affaire un technicien, les deux comédiens, Vincent Berger et Habib Dembélé épatants de mobilité, sous prétexte de répétition, passent d’un rôle à l’autre, s’échangent les personnages comme on dribble au ballon, de jeu en narration organisent la rencontre de l’Alaska et du Sahara, du désert et des vastes étendues neigeuses . A leur suite et aidés par la musique de Jean-Jacques Lemaître qui brosse le paysage en véritable partenaire dramaturgique, on y rencontre des mamans louves fuyant avec leurs petits dans le blizzard, des louveteaux paresseux et aussi des fugueurs, des dromadaires facétieux et têtus, des lions bergers, tout un monde bigarré, à travers lequel se racontent, sur le fil tendu de la drôlerie et des mauvais vents du monde, l’exil et la différence, la violence et la cruauté des temps, que l’échange et l’amitié sont plus profitables que la rumination solitaire. Vu sous cet angle, « évidemment c’est tentant, et mérite d’être vu par les deux yeux » finira par admettre le loup.

L’œil du loup de Daniel Pennac, adaptation théâtrale Laurent Berger, Daniel Pennac, mise en scène Clara Bauer avec Vincent Berger et Habib Dembélé (1h15)
Maison des Métallos jusqu’au 23 février tel 01 47 00 25 20
Photos © A.Carrara-il funaro

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