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Critiques / Théâtre

L’Oiseau vert de Carlo Gozzi

par Corinne Denailles

Une féerie pétillante d’intelligence

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Cet oiseau-là était fait pour rencontrer Laurent Pelly et réciproquement. La comédie de Carlo Gozzi (1765) avait tout pour séduire Pelly qui excelle dans le registre de la féerie, de la commedia dell’arte. Sa spectaculaire scénographie déroule face public une espèce de tapis coloré démesuré qui démarre à la verticale et occupe toute la scène, un paysage abstrait bordé de petites lumières, qui vallonnent jusqu’à l’avant-scène offrant aux comédiens des espaces ludiques de glissades, de dissimulation.
Suite de L’Amour des trois oranges (dont Prokofiev a tiré un opéra au début du XXe siècle), la fable philosophique de Gozzi raconte l’histoire de jumeaux bâtards, Renzo et Barbarina, jetés dans une rivière par leur père adoptif, qui en vérité sont les enfants d’un roi, ce que révélera l’oiseau vert, prince victime d’un sortilège. L’oiseau veille sur la reine Ninette enfermée sous un évier par la reine mère Tartagliona qui veut la peau des jumeaux. Le roi Tartaglia tombe amoureux de sa fille Barbarina sans le savoir, l’eau danse, les statues parlent, les prophéties sont contredites, les pommes chantent. Les sortilèges des contes foisonnent. Et pour finir, l’oiseau transforme la méchante reine mère en tortue et son odieux mauvais conseiller, le poète, en âne.

La mise en scène de Laurent Pelly (qui signe la scénographie et les costumes) fait merveille, cultivant l’esthétique des livres d’illustrations grandeur nature, usant de prouesses techniques sans recours aux nouvelles technologies, jouant sur les échelles au propre comme au figuré. Un gros travail qui nécessite beaucoup de manipulations dans l’ombre et dont on ne voit jamais les ficelles. C’est élégant et drôle. La traduction d’Agathe Mélinand, astucieuse et limpide, transcrit la diversité complexe des styles. Tout concourt à un spectacle lumineux (très belles lumières de Michel Le Borgne) et enchanteur servi par d’excellents acteurs. Le couple de charcutiers, Truffaldin et Smeraldine (Georges Bigot et Nanou Garcia) véritable couple de la commedia dell’arte comme Pantalone est le bouffon par excellence (Eddy Letexier), Emmanuel Daumas dans le rôle du roi est épatant et Mounir Margoum laisse planer du mystère autour de son oiseau vert qui s’amuse du désarroi des personnages. Marilu Marini dans le rôle de la reine mère conjugue toutes les méchantes reines des contes, de Blanche neige aux 101 dalmatiens ; Cruella n’a rien à lui envier ; drapée dans un costume noir affublé d’une traîne sans fin, elle vocifère d’une voix grinçante agrémentée de grimaces et de contorsions sidérantes.
Le spectacle émerveille et amuse, une réussite de bout en bout.

L’Oiseau vert de Carlo Gozzi ; traduction Agathe Mélinand ; mise en scène, décor et costume, Laurent Pelly. Lumières Michel Le Borgne. Avec Pierre Aussedat, Georges Bigot, Sabine Zovighian, Emmanuel Daumas, Nanou Garcia, Eddy Letexier, Régis Lux, Olivier Augrond, Marilú Marini, Jeanne Piponnier, Antoine Raffalli, Fabienne Rocaboy. Au théâtre de la Porte Saint Martin du mardi au samedi à 20h30. Durée : 2h. résa : 01 42 08 00 32. A partir de 10 ans

© Polo Garat

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