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Critiques / Théâtre

L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Camdodge d’Hélène Cixous

par Dominique Darzacq

L’épopée d’un roi, la tragédie d’un peuple

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En 1985, pour comprendre comment le Cambodge, de paradis qu’elle avait connu, était devenu un enfer, un pays martyr ravagé par les fureurs génocidaires des Khmers rouges, Ariane Mnouchkine, après un détour par Shakespeare comme on retourne à l’école, commande à Hélène Cixous une pièce sur le Cambodge. Ce fut L’Histoire terrible et inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, une épopée aux accents shakespeariens taillée dans le vif de l’Histoire et sertie d’une scénographie où les morts, représentés par de grandes marionnettes disposées autour du foyer, semblaient regarder les vivants raconter leur histoire.

« En ce temps-là, nous étions nombreux à partager avec Ariane et Hélène, le désir de jouer cette pièce au Cambodge » explique Georges Bigot, le Sihanouk de la création. Si l’Histoire n’a pas permis la réalisation de ce rêve-là, la rencontre du Théâtre du Soleil avec les élèves d’une école des arts du spectacle de Battambang dans le Nord-est du pays, aura permis à de jeunes artistes cambodgiens de s’en emparer et de quelle manière !

Un spectacle tiré à quatre épingles, dont l’aventure créatrice a commencé en 2007 sous forme d’ateliers animés par Georges Bigot et Delphine Cottu, comédienne de l’actuelle troupe du Soleil. « Nous avons découvert l’histoire de notre pays au cours de ce travail avec le Théâtre du Soleil » explique San Marady, jeune comédienne de 25 ans à qui Georges Bigot a passé le relais du rôle de Sihanouk. Un personnage hautement théâtral, un prince apparemment versatile, imprévisible, colérique que les cambodgiens appelaient Monseigneur Papa, mais dont les manœuvres, les revirements avaient pour seul objectif de préserver la neutralité et l’indépendance de son pays. Volonté obstinée qui le conduira à tomber dans les griffes des khmers rouges par crainte de l’héréditaire ennemi vietnamien. « Sihanouk était notre espoir, les khmers rouges sont notre destinée », remarque tristement un des personnages de la pièce qui commence en 1954 et s’achève en 1979, avec l’invasion vietnamienne justement.

25 ans d’une histoire tourmentée que l’on suit comme un feuilleton sans voir passer le temps (7 heures en deux parties ). Elle nous emmène de Phnom Penh à Saigon, de Saigon à Paris puis à Moscou et Pékin. On y croise Kissinger, Kossyguine, Zhou en Lai, et bien sûr, ces « ennemis de l’intérieur » que furent Pol Pot et Lon Nol , auteur du coup d’état qui livra le Cambodge à l’Amérique et condamna Sihanouk à l’exil. Ainsi, à travers les tribulations parfois rocambolesques d’un prince, c’est la tragédie d’un peuple pris dans la nasse de la guerre froide qui se raconte.

Sans doute ceux qui eurent la chance de voir le spectacle à la création, trouveront-ils que le Sihanouk de Georges Bigot était plus ambigu, plus subtilement politique que celui de San Marady qui voit en Norodom Sihanouk un prince un peu clownesque, dansant sur son destin comme on danse sur un volcan et dont la gestuelle évoque par éclats la marionnette qu’il avait conscience d’être dans le bras de fer Est-Ouest qui se jouait dans cette partie du monde. Autour d’elle, fougue et art noués ensemble, les comédiens de la troupe investissent corps et âme leur personnage dont ils dessinent les caractères à traits incisifs. Parmi eux, comment ne pas citer Hon Bonthoeun, fou furieux général Lon Nol rigidifié dans sa soif de pouvoir, comment ne pas être saisi par le Pol Pot de Chea Ravy, dont le monologue de la haine glace le sang.

Si le spectacle nous bouleverse, ce n’est pas seulement parce que ce sont de jeunes artistes cambodgiens qui sont venus nous racontent leur propre Histoire, mais aussi parce que cette version « khmérisée » de La terrible et inachevée histoire…. est la magnifique conclusion d’une de ces aventures humaines et artistiques et de transmission comme seul sait les fomenter le Théâtre du Soleil qui n’en finit pas de nous surprendre et de nous faire aimer le théâtre.

L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge d’Hélène Cixoux, mise en scène Georges Bigot et Delphine Cottu d’après la mise en scène d’Ariane Mnouchkine. Avec les comédiens de l’école des arts du spectacle de Battambang.
En khmer surtitré en 2 parties de 3h30, intégrale le dimanche.
Théâtre du Soleil jusqu’au 26 octobre tel 01 43 74 24 08
puis en tournée 27 au 30 octobre Théâtre des Célestins à Lyon, 8 novembre théâtre de Vénissieux, 19 novembre Comédie de Valence, 21 au 23 novembre TNT Toulouse.

photos Michèle Laurent

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