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Critiques / Théâtre

L’Ecole des femmes de Molière

par Jean Chollet

Amour et émancipation féminine

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Homme mûr et cossu, Monsieur de la Souche, Arnolphe, fit élever au couvent suivant ses principes, sa pupille, Agnès, dont “ l’air doux et posé parmi d’autres enfants “ lui “inspira de l’amour pour elle dès quatre ans ”. Sa vision des femmes lui fait aborder le mariage avec la crainte d’être “cornard“, et il pense avoir trouvé une garantie de fidélité en cette ingénue qu’il a soigneusement écartée du monde et maintenue dans l’ignorance. Il lui demande seulement “ de savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer“. Mais bien que recluse, Agnès fait la connaissance du jeune Horace qui la séduit. Par hasard et en toute innocence celui-ci prend Arnolphe pour confident et lui confie son projet d’enlever la belle. Après une succession de quiproquos et de ruses, les amants finiront par se marier au grand désespoir d’Arnolphe, devenu héros tragique et … muet malgré lui.

A travers le croisement des sentiments amoureux et des désirs, apparaissent la problématique du mariage au XVIIème siècle assortie des devoirs de la femme, de sa condition, de son émancipation et de sa maturité, dans une société coincée par ses principes et son utilisation de la religion. Lorsque Molière crée cette comédie en cinq actes en décembre 1662, au Théâtre du Palais Royal, avec un grand succès, elle soulève toutefois la polémique et suscite des débats connus sous le nom de Querelle de L’Ecole de femmes à laquelle Molière répondit un an plus tard par une autre comédie, La Critique de l’Ecole des Femmes.

Avec une rigueur souriante et beaucoup de sensibilité Philippe Adrien expose avec clarté les enjeux de la pièce, ménageant ses ressorts comiques jusque dans la farce, sans pour autant estomper sa portée profonde, sa complexité et sa noirceur, en prolongeant sa résonance à travers le temps. Comme à l’ordinaire, le metteur en scène fait preuve de la qualité de sa direction d’acteurs et de la pertinence de leur choix. Patrick Paroux est un Arnolphe à facettes, qui livre avec vigueur les tensions obsessionnelles et le dépit rageur d’un amoureux floué, Pierre Lefebvre un Horace empreint d’une vitalité joyeuse et convaincante dans ses élans du cœur, et Agnès trouve dans la finesse de Valentine Galey l’expression des nuances et de l’évolution et de la prise de conscience d’une jeune femme en phase de reconstruction. Leurs partenaires sont à l’unisson, en particulier Pierre Diot, en Chrysalde, ami et confident d’Arnolphe, ou encore dans un registre burlesque, les serviteurs Alain et Georgette interprétés par Gilles Comode et Joanna Jianoux, et le notaire savoureux campé par Raphaël Almosni.

Le décor de Jean Haas, évoque avec finesse un espace extérieur et l’intérieur de la propriété d’Arnolphe, avec un potager semé de choux et qui sert de cimetière au “ petit chat “ mort d’Agnès, adossé à un tulle qui ouvre en transparence sur une salle intérieure de la maison.
Une organisation spatiale structurée et ouverte qui contribue aux mouvements et au jeu des comédiens sous les variations des lumières de Pascal Sautelet, où les costumes de Cidalia Da Costa apportent une référence temporelle éloignée du XVIIème siècle pour introduire une relation plus proche. L’ensemble contribue à offrir une Ecole de femmes rajeunie et de belle facture.

L’ Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien, avec Patrick Paroux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre, Joanna Jianoux, Gilles Comode, Pierre Diot, Raphaël
Almosni, Vladimir Ant. Décor Jean Haas, lumières Pascal Sautelet, musique et son Stéphane Gibert, costumes Cidalia Da Costa, maquillages Sophie Nisseron. Duréée : 2 heures.
Théâtre de la Tempête – Paris jusqu’au 2 octobre tel 01 43 28 36 36

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