Du 14 novembre 2025 au 3 janvier 2026 à la Salle Richelieu de la Comédie-Française.
L’Ecole de danse de Carlo Goldoni, mise en scène de Clément Hervieu-Léger.
Un spectacle festif et comique, vivifiant et élégant sur la réalité de la formation artistique des jeunes gens.

Créée en 1759, L’Ecole de danse dédiée au milieu de la danse, connut l’échec, deux représentations qui laissèrent Goldoni amer. En 1762, l’auteur s’exile à Paris où sa carrière s’étiole et où il meurt dans l’oubli à 86 ans. Or, la postérité a reconnu en lui un dramaturge inventif, un grand maître du théâtre.
La modernité de la pièce a retenu l’attention du metteur en scène Clément Hervieu-Léger, nouvel administrateur général de la Comédie-Française et fin connaisseur de l’oeuvre de Goldoni. La traduction en prose par François Decroisette de L’Ecole de danse écrite en vers, pour l’entrée de la pièce au Répertoire, répare ce « reniement » qui met en valeur à la fois notre actualité et un moment de friction entre l’écriture et le jeu, note le metteur en scène.
Goldoni rompt avec la commedia dell’arte et le spectaculaire : ni héros, ni péripéties, ni coups de théâtre. « Il s’y passe tout et rien à la fois, tel chez Tchekhov ». Domine la recherche du naturel et de l’incarnation dans le renouvellement de l’art théâtral - écriture et jeu -, « ce jeu plus proche de soi, et ne plus savoir si l’on va vers le rôle ou si c’est le rôle qui vient vers soi ».
Le spectacle s’inscrit dans le XIX è siècle, selon l’esthétique de Degas - la visibilité des rapports de domination financière, sociale et sexuelle des « protecteurs », hommes riches, sur les jeunes femmes sans le sou et sous emprise, et la dénonciation de l’intérêt âcre des mères à vouloir placer leur fille à un mieux « économique ». Une représentation du studio de danse avec professeur, foyer et public masculin de l’Opéra de Paris et petites danseuses.
La mise en scène invite à l’enchantement et au ravissement du regard - les jeunes gens travaillant à la barre dans la souplesse et la rigueur -, cela-même qui provoque paradoxalement l’attention équivoque et ambigüe des dits « protecteurs » qui n’ont pour but que l’assouvissement d’un désir prédateur.
La pièce à l’intérieur du Palais Garnier, l’inspiration du décor même du Misanthrope - escaliers qui montent depuis le studio de danse, parquet et patines -, évoque la formation, les vocations, l’exercice physique quotidien. Soit beaucoup de grâce, une esthétique raffinée dans la présentation des « petites danseuses de quatorze ans » de Degas, élégantes et fragiles.
Or, Giuseppina, Rosalba, Felicita, Rosina, et les apprentis danseurs Filippino, Carlino n’en disent pas moins son fait à leur maître danseur, abuseur et tyrannique, qui n’en fait qu’à sa tête, ne pense qu’à son argent, M. Rigadon - excellent Denis Podalydès dans le rappel lointain de sa prestation de L’Avare, clos sur lui-même, blafard et comique, dansant, virevoltant, et se moquant.
L’École de danse est une comédie sombre où les ressorts du rire sont efficaces. La vie de l’école est rythmée par des manigances ; mensonges des unes et des autres, amours secrètes et alliances de circonstances, filles et mères en conflit, imprésarios et courtiers assidus en affaires, ceux qui vendent et ceux qui achètent. Face à ce mal prégnant de la société, s’impose la volonté, l’énergie des artistes en herbe - féministes qui choisissent le mariage ou pas - et garçons quêtant leur indépendance et aspirant à vivre selon leurs inclinations vraies et assumées - l’accomplissement d’un destin.
Et les femmes mûres, Lucrezia et mère intéressée de Rosina - Clotilde de Bayser -, ne manque pas de sel tant elle est vindicative et tonique. Et Florence Viala, dans le rôle de la soeur du Maître Rigadon, s’amuse, entre humour grotesque et comique révélateur à vouloir follement tant se marier : amour et liberté pour tous, inter-générationnellement. N’oublions pas Loïc Corbery en Comte Anselma et amant tendre de Giuseppina, manipulé aussi.
Un spectacle festif et comique, vivifiant et élégant, à travers ses doutes mêmes, à propos des élans cachés, de la réalité de la formation des jeunes gens qui s’engagent dans l’art - danse, théâtre et musique -, avec pugnacité et mordant, n’hésitant pas à rabrouer l’autorité et ne s’en laissant plus conter.
L’Ecole de danse de Carlo Goldoni, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, traduction Françoise Decroisette, scénographie Éric Ruf, costumes Julie Scobeltzine, lumière Bertrand Couderc, son Jean-Luc Ristord,
collaboration artistique et chorégraphique Muriel Zusperreguy,
collaboration artistique Frédérique Plain. Avec la troupe de la Comédie-Française Éric Génovèse, Florence Viala, Denis Podalydès, Clotilde de Bayser Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern,
Claire de La Rüe du Can, Pauline Clément, Jean Chevalier, Marie Oppert,
Adrien Simion, Léa Lopez, Charlie Fabert, et Diego Andres, Lila Pelissier ,Alessandro Sanna, Philippe Cavagnat. Du 14 novembre 2025 au 3 janvier 2026, en matinée à 14h, en soirée à 20h30 à Salle Richelieu de La Comédie-Française, place Colette 75001 - Paris.
Crédit photo : Agathe Poupeney.



