Accueil > L’Avare de Molière

Critiques / Théâtre

L’Avare de Molière

par Jacky Viallon

Sur un mode clownesque

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Ah ! Un Avare de plus. On se demande comment, de nos jours, l’avarice peut avoir tant d’adeptes ? Est-ce la précarité ambiante qui nous ramène inexorablement à ce thème ? Toujours est-il qu’Alain Gautré et son équipe nous livre une version de L’Avare dynamique, subtile et inattendue sur le plan du jeu corporel. La mise en scène éclate sautille, virevolte comme les changements de situations qui bouleversent certains personnages. Le décor n’encombre pas le plateau, il est purement fonctionnel. Quatre jeux de portes sur roulettes gèrent espace, entrée et fausse sorties. On saute à travers ces portes plutôt qu’on ne les franchit. Rappel et clin d’œil à la rapidité du théâtre de la comedia dell arte. Envolées burlesques de ces clowns modernes dont on doit la vélocité à leur metteur en scène Alain Gautré, professeur d’art clownesque au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris. Tout est parfaitement réglé et cette rigueur donne une impression de décontraction. On le doit également au talent cette troupe débordant d’enthousiasme qui joue l’ensemble de la pièce sur le mode clownesque. C’est très bien orchestré au niveau de l’image.

La finesse du jeu

Le spectacle est extrêmement dépouillé et suggestif : ici, pas de nez de clown ni de chaussures géantes, juste une finesse de jeu et des costumes aux détails subtils. Idem pour l’interprétation, une esquisse qui prend soudainement tout l’espace comme un trait appuyé traversant, là où on l’attend pas, une oeuvre abstraite.
Alain Gautré campe avec sobriété et retenue un personnage pitoyable qui semble abandonné du monde. Pire, il paraît traqué par la sphère de l’argent. On pourrait
aller jusqu’à considérer qu’il est porteur de toute la morosité des gens de finances restant hébétés après la chute apocalyptique de leur portefeuille en bourse. Ce parti pris le rend encore plus antipathique car ce personnage est plus troublé par l’argent que par l’existence féminine et ne juge la femme qu’en tant qu’élément monnayable.

Peu à peu, l’ignoble Harpagon nous apparaît presque pathétique. On le sent définitivement perdu dans ce monde aux prises constantes avec le vénal. Il est amoureux de l’argent comme sont amoureux les jeunes amants qui l’entourent. Peut-être que cette lecture laisse apparaître que Harpagon ne peut trouver son espace de vie qu’à travers cette obsession. Mais on peut également y voir d’autres interprétations, et c’est aussi là que réside la force de ce spectacle.

L’Avare de Molière. Mise en scène d’Alain Gautré, avec Elise Bertero, Karyll Elgrichi, Solveig Maupu, Julien Saada, Pierre-Yves Massip, Bryan Polach, Benjamin Guillard, Elya Birman, Guillaume Marquet, Fabien de Chalvron. Jusqu’au 21 mai 2006 du mardi au samedi 20 h 30. Jeudi 19 h30 et dimanche 16 h. Théâtre de la Tempête, la cartoucherie de Vincennes, Tel : 01 43 28 36 36.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.