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L’Aquarium d’hier à demain de François Rancillac

par Gilles Costaz

L’histoire d’un théâtre excentré

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Dans la grande prairie de la Cartoucherie de Vincennes, le théâtre de l’Aquarium est silencieux. Son dernier directeur, François Rancillac, a fini son mandat à la fin de l’été. Le duo nommé à sa place, Jeanne Candel et Samuel Acache, prend la relève mais n’annonce pas encore de date de réouverture. Le site dit simplement : « L’Aquarium fait peau neuve avec l’arrivée de La Vie brève à sa tête. A suivre. » Avant d’entrer dans l’avenir, on peut s’immerger dans l’histoire. C’est ce que propose, sous une forme très originale, François Rancillac qui n’a pas voulu quitter le lieu sans laisser un témoignage. Son attitude élégante consiste à parler à peine des années Rancillac (et des années Julie Brochen) mais de l’épopée fondatrice, écrite par le trio Jacques Nichet, Jean-Louis Benoit et Didier Bezace à partir de 1964.
Rancillac a fait une énorme recherche, à base d’enquêtes et d’entretiens, mais au lieu de rédiger un livre (il y a déjà celui de Joël Cramesnil), il a écrit une pièce qu’il a fait jouer pour les cinquante ans de l’Aquarium en 2015. On y voit les créateurs et plus d’une vingtaine de personnages – acteurs, officiels, écrivains, administratifs, techniciens – mettre sur pied l’Aquarium et le faire vivre face aux vicissitudes d’une République qui passe de l’esprit de mai 68 à un assagissement peu propice aux idées révolutionnaires. Au départ, l’Aquarium, théâtre universitaire née rue d’Ulm, s’attaque à la société du profit. Il se dirigera vers d’autres recherches, conservant une son dédain des académismes et des pensées tranquilles. Fausses mais le plus souvent vraies sont les paroles mises dans la bouche des personnages appelés Bezace, Benoit, Nichet, Thierry Bosc, Karen Rencurel, Bernard Faivre, Henri Gruvman, Philippe Marioge, Bernard Genty, Laurent Guénoun, Nicole Derlon…
Cette pièce qui brasse les idées et la fraternité d’un monde théâtral exemplaire, excentré dans les divers sens du terme, sera-t-elle reprise ? On ne peut le savoir. Elle reste à la fois comme œuvre singulière et comme archives en mouvement. Pendant l’été, Jacques Nichet, le premier des créateurs (tout est né avec lui), est mort. (Voir notre article du 30 juillet). Ce qu’il avait confié dans la postface résonne avec une force émouvante : « Tu as écrit, mieux que moi, cher François l’art poétique implicite de notre théâtre à brûler, comme disait notre ami Dario Fo… Un tel texte est judicieux et jubilatoire. »

L’Aquarium d’hier à demain de François Rancillac, préface de Jean-Pierre Léonardini, postface de Jacques Nichet. Editions Riveneuve/Archimbaud, 158 pages, 15 euros.

Photo Théâtre de l’Aquarium. François Rancillac

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