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Critiques / Théâtre

Kings of war d’après Shakespeare

par Jean Chollet

Ivo van Hove aux racines du pouvoir politique

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Après avoir regroupé Coriolan, Jules César et César et Cléopâtre, sous le titre de Tragédies romaines, présentées au Festival d’Avignon 2008, le grand metteur en scène flamand Ivo van Hove revient à Shakespeare à travers l’évocation d’un trio royal au cœur de ses pièces historiques, dans des versions très condensées. Henri V (1387 – 1422), Henri VI (1421 – 1471), et Richard III (1452 – 1485), les deux premiers issus de la dynastie de Lancastre, le troisième de celle des York, qui s’affrontèrent durant La Guerre des Deux – Roses, survenue à la fin de la Guerre de Cent ans après la fin de la tentative d’expansion anglaise en France. En suivant l’ordre chronologique, la représentation s’inscrit dans l’espace ouvert et transformable conçu par Jan Versweyveld, fidèle et talentueux collaborateur du metteur en scène, qui s’est inspiré du “ War room“ de Churchill, centre de commandement durant la Seconde guerre mondiale, prolongé en arrière plan par des couloirs d’un blanc clinique accueillant les circulations, violences ou meurtres commis hors champs par les personnages, retransmis en direct sur un grand écran vidéo qui surmonte le plateau. Si ce support sert en ouverture à une évocation visuelle des souverains anglais de Henri V à Elizabeth II, la reconstitution historique ne constitue pas l’objectif de cette création qui met en miroir l’Histoire d’une époque avec le temps présent.

Elle tend essentiellement à plonger dans l’univers mental, souvent complexe, de dirigeants politiques et de leurs conseillers ou courtisans, qui régissent, à travers leurs ambitions et leurs limites, les destinées de leurs concitoyens. Chaque règne est introduit par une cérémonie rituelle de couronnement pour chacun des monarques, où le tapis rouge prend à la fois une valeur symbolique et ironique. Henri V (Ramsey Nars) apparaît frivole et inquiétant, encore en apprentissage sous son patriotisme et son désir d’unifier son pays, confronté à sa campagne guerrière en Normandie, clôturée par son alliance calculée avec l’ennemi, lors de son mariage avec Catherine de Valois. Henri VI (Eelco Smits) jeune enfant gâté érudit, semble ici ployer sous le poids des responsabilités, davantage ouvert à profiter de la vie plus que tenter d’apaiser les querelles et luttes d’une aristocratie britannique divisée. A sa suite, Richard III (Hans Kesting fascinant) sous son apparence physique et sa démarche fidèles au personnage, laisse apparaître dans la monstruosité de ses actions sa solitude et ses angoisses. Il est le seul à s’inscrire dans la réalité du temps présent, puisqu’il converse au téléphone avec Obama, Poutine et Merkel, tissant ainsi en clin d’oeil des parentés entre les Kings of war de tous les temps. Avant d’entrer dans une ronde infernale mortifère en offrant son royaume pour un cheval.

Implacable, captivant, vertigineux, le spectacle ouvre une introspection et une réflexion analytique sur les mécanismes du pouvoir. En néerlandais surtitré en français, il témoigne de l’intelligence et de la maitrise scénique de Ivo van Howe, déjà constatée dans des registres voisins pour ses créations de Angels in América de Tony Kushner ou The Foutainhead de Ayn Rand. Le metteur en scène obtient ainsi une densité issue de l’articulation parfaitement maitrisée des moyens mis en œuvre, explosant la temporalité, et harmonisant avec une précision d’orfèvre les jeux des quatorze excellents comédiens du Toneelgroep d’Amsterdam qu’il dirige, avec les captations vidéos (Tal Yarden), dont les images parfois saisissantes sont accompagnées d’effets sonores et de musiques interprétées au trombone par un quatuor de musiciens.

Photos © Jan Versweyveld

Kings of war , textes d’après “Henri V”, “Henri VI“ et “ Richard III” de Shakespeare, adaptation et dramaturgie Peter van Kraaij, en langue néerlandaise surtitrée, mise en scène Ivo van Hove, avec Ramsey Nasr, Eelco Smits, Hans Kesting, Hugo Koolschijn, Aus Greidanus jr, Alwin Pulinckx, Barrt Slegers, Chris Nietvelt, Fred Goessens, Harm Duco Schut, Hélène Devos, Kitty Courboi, Robert de Hoog, Janni Goslinga. Scénographie et lumières Jan Versweyveld, vidéo Tal Yarden, costumes An D’Huys. En langue néerlandaise sou titrée. Durée : 4 heures 30 avec entracte.

Théâtre national de Chaillot jusqu’au 31 janvier 2016.

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