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Critiques / Théâtre

Kabaret warszawski (Cabaret varsovien) de Krysztof Warlikowski

par Jean Chollet

Revue inquiétante et chaotique

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Habitué des grandes scènes internationales et du Festival d’Avignon depuis 2001 avec un Hamlet d’une grande intensité dramatique, Krzysztof Warlikowski revient avec cette nouvelle création. Comme pour (A)Pollonia en 2009, son projet s’est construit à partir de diverses influences littéraires. I am a Camera (1952), du dramaturge et scénariste américain John van Druten (1901 – 1957), Goodbye to Berlin (1939) de l’écrivain britannique Christopher William Bradshaw-Isherwood (1904 – 1986), adapté en 1972 par Jon Fosse pour son film Kabaret avec Liza Minnelli, Les Bienveillantes de Jonathan Littell, et de deux œuvres du romancier d’origine sud-africaine naturalisé australien, John Maxwell Coetzee, Michel K, sa vie son temps (1983) et L’Âge de fer (1990). Mais également par le film à fortes connotations sexuelles réalistes de John Cameron Mitchell, Shortbus , présenté au Festival de Cannes en 2006.

Des sources qui ont permis au talentueux metteur en scène polonais d’aller dans le sens de son propos au regard du racisme, de l’antisémitisme, des montées des nationalismes, de la religion, de l’homophobie, de la sexualité, et des atteintes aux libertés individuelles. Sous la forme de cabaret, considérée comme un postulat de liberté scénique, le spectacle se compose de deux parties.

La première se situe dans un cabaret berlinois du début des années 1930, période de montée du nazisme, où un chef de revue (formidable Zygmunt Malanowicz) présente ses girls dont la plus âgée Jacqueline Bonbon (Staszka Celinska superbement fellinienne) envoyée à la retraite, fait l’éloge d’Hitler et l’amour avec son amant juif avant de choisir la mort. En parallèle, une chanteuse très alcoolisée, Sally Bowles, l’héroïne de Goodbye Berlin , rêve de sexe et de célébrité artistique (époustouflante Magdalena Cielecka dans le rôle interprété par Liza Minnelli) et provoque son amant écrivain, double de Christopher Isherwood (Andrej Chyra), accompagné de deux amis, mais aussi d’autres personnages réunis dans différentes saynètes qui témoignent du climat délétère de l’époque.

La seconde rejoint le New-York de l’après 11 septembre 2001, en s’appuyant particulièrement sur le film de Mitchell, et l’autobiographie de son inspirateur Justin Vivian Bond, mannequin devenu artiste de cabaret transsexuel. On y croise, une sexologue, thérapeute de couples mais n’ayant jamais eu d’orgasme, une égérie maîtresse des nuits new-yorkaises, un couple d’homosexuels Jamie et James en crises identitaires, ou encore les étreintes passionnées dans une cabine vitrée de deux amants ressemblants à John Lennon et Yoko Ono. Le sexe devient ici refuge.

Réunissant ces deux périodes historiques, la scénographie de Malgorzata Szczesniak, composée pour l’essentiel de deux pans de murs revêtus de carreaux de faïence blancs, offre, outre sa fonctionnalité, un aspect clinique recherché, qui s’efface avec l’apparition de rideaux à lames dorées et les paillettes de ses costumes argumentaires. Avec les musiques de Wagner, du groupe Radiohead, de Leonard Cohen ou Pawel Mykietyn, les projections vidéos impudiques, offrent des ponctuations et du rythme au jeu remarquable des quinze comédiens – danseurs - chanteurs du Nowy Teatr, réunis dans une belle unité en désamorçant les excès réalistes.

Dans sa relation avec l’histoire et la réalité de la Pologne d’aujourd’hui, comme à travers son foisonnement et ses transgressions - parfois aux limites de la provocation - le spectacle de Warlikowski, bouscule, secoue, choque, désarçonne ou passionne. Il ne recherche ni consensus ni moralisation, mais à travers cette tragédie farcesque, souvent drôle, nourrie par des images prégnantes, interroge la capacité des humains à résister pour choisir leurs valeurs et leur destin. En suscitant de nombreuses réflexions.
Vu au dernier Festival d’Avignon, le spectacle est repris au Théâtre national de Chaillot à partir du 7 février, puis en tournée.

Kabaret warszawski, conception et mise en scène Krzysztof Warlikowski, avec Stanislawa Celinska, Magadalena Cielecka, Ewa Dalkowska, Malgorzata Hajenska-Krzysztofix, Maja Ostaszewska, Magdalena Poplawska, Calude Bardouil, Andrzej Chyra, Bastosz Gelner, Wojciech Kalarus, Redbad Klijnstra, Zygmunt Malanowicz, Piotr Polak, Jacek Poniedzialek, Maciej Stuhr. Adaptation Krzystof Warlikowski, Piotr Gruszczynski, Szczepan Orlowski, décor et costumes Malgorzata Szczesniak, lumière Félice Ross, chorégraphie Claude Bardouil, musique Pawel Mykietyn. Durée : 4 heures 30 avec entracte. Surtitrage en français.

Théâtre national de Chaillot du 7 au 14 février 2014,
Puis, à Luxembourg les 6 et 7 mars, à Liège du 13 au 15 mars, et à La Comédie de Clermont-Ferrand les 3 et 4 avril 2014.

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