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Actualités / Opéra & Classique

Joyce DiDonato

par Olivier Olgan

La diva 3.0

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La mezzo soprano américaine incarne Charlotte dans Werther de Massenet samedi 9 avril au TCE. Ne la manquez pas, elle n’est pas annoncée en France avant la saison 2017-2018 ! Il faudra se contenter de sa stimulante discographie et de son blog !

Joyce DiDonato incarne comme ses consœurs Cécilia Bartoli et Vivica Genaux, la quintessence de la mezzo soprano, sur scène comme à la ville : elle affiche une gourmandise assumée de vivre pleinement son art, elle enchaîne avec volupté les prises de rôles et de risques, elle possède un instinct musical très sûr doublé d’une parfaite conscience de ses limites et de son potentiel. Enfin, une carrière menée tambour battant n’empêche pas une maturité constante dans un univers souvent hypertrophié d’ego et d’urgence. La mezzo du Kansas aime à rappeler qu’elle a fait ses débuts au Met - dont elle est désormais un des piliers attitrés - uniquement à 35 ans, ce qui parait antédiluvien par rapport à la fulgurance de certaines étoiles d’aujourd’hui. Elle ajoute sobrement que pour elle c’était le bon moment.

Sa trajectoire sans fausse note ressemble d’ailleurs à un joyeux conte d’opéra ; enfance au Kansas, découverte sur le tard de sa vocation, le travail n’empêche pas des auditions infructueuses notamment au Met,… il faut attendre 2002 et l’Opéra de Paris pour qu’elle perce en Rosine du Barbier de Séville… Ensuite la légende qui la désigne comme la meilleure rossinienne du moment galope, nourrie par cette prouesse où victime d’une fracture de la jambe, elle vient tout de même sur scène en fauteuil roulant, pour administrer une leçon vocale et scénique étourdissante…

Loin des modes, elle ne se laisse pas enfermer dans Rossini, même si elle a signé avec son complice Juan Diego Florez des enregistrements de références de La Donna del lago, Le Compte Ory, ou La Cenetorola, pour défendre -avec quel panache !- une vision carrée et éclectique du métier de chanteuse : ne badinant jamais ni avec l’exigence d’un travail acharné, ni la volonté de creuser son art en profondeur. Cette curiosité et cette exigence sans limites se nourrit et élargit son répertoire – du baroque (Haendel au premier chef)… au jazz (son récital avec Antonio Pappano au piano Joyce & Tony : Live at Wigmore Hall (Erato) vient d’obtenir un Grammy Award 2016 - en passant par les grandes pages du bel canto italien (Donizetti en tête) et des romantiques françaises comme ce Werther de Massenet avec Florez en version concert le 9/4 au TCE, sans oublier des créations contemporaines comme Dead Man Walking de Jake Heggie…

Chaque prise de rôle est l’occasion de se plonger avec acuité dans un personnage, d’en trouver les forces et les fêlures et de les sublimer avec un abattage toujours communicatif mais sans aucun compromis sur l’exigence artistique. Son intensité émotionnelle s’appuie sur la connivence immédiate qu’elle installe avec le rôle, ses partenaires (chef et chanteurs) et son public. Autant dire qu’elle est capable de sauver n’importe quel spectacle à elle seule, même si désormais sa stature lui permet d’être soutenu par les meilleurs chefs et solistes qu’elle galvanise.
Ses nombreux récitals thématiques en témoignent : My deepest desire (Copland, Bernstein...), Stella di Napoli (Bellini, Donizetti, Carafa, Mercadante, Pacini), Colbran, the Muse (airs d’opéras de Rossini), Diva, Divo, sont autant de morceaux de bravoure pour révéler toute l’onctuosité de sa voix, le feu qui court à chaque vocalise, la maitrise des pyrotechnies avec lesquelles elle met le public de son coté, jubilante aux défis techniques à la limite du souffle qu’elle assume comme un acrobate de cirque, sûre de retomber sur des nuances de velours, et de nacre, délicatement dosées. Le fait que son tempérament l’invite à sortir les mélomanes des chemins rebattus… rend encore plus légitime cet appétit musical.

Ce qui fait sa force et son charme, c’est aussi la conviction que l’opéra est un art qui peut toucher le plus grand nombre, ancré dans les émotions humaines et pas uniquement réservé à une élite. « ReJOYCE ! » son Best of par exemple a été constitué par la sélection et le vote des mélomanes sur les réseaux sociaux ; il couvre tous les facettes de ses innombrables talents.

Pour nous en convaincre, Joyce ne ménage pas sa peine sur son blog, complété par un compte twitter et Instagram qu’elle nourrit régulièrement. « Je travaille dans un business où la matière quotidienne reflète le monde d’aujourd’hui. revendique-t-elle pour en justifier leur création dans une interview pour Le Temps en 2012. Et d’égréner un certain nombre d’exemples, avec cette candeur naturelle qui caractérise les grandes médiatrices : " Dans I Capuleti e I Montecchi de Bellini, on parle de guerre. Dans Dead Man Walking de Jake Heggie, il est question d’injustice, de peine de mort. Je suis une musicienne, une interprète, pas une activiste ni une politicienne. Mais j’estime qu’en tant que citoyenne, j’ai le droit d’exprimer des idées. Je choisis mes combats soigneusement : l’éducation musicale, l’injustice, l’inégalité. Nous vivons dans un monde où les débats sont tellement polarisés, où nous restons cramponnés à nos convictions, aux Etats-Unis en particulier. Je sais que la musique a le pouvoir d’ouvrir les œillères." Ce blog est l’occasion de livrer son journal intime, remplis d’anecdotes enlevés, mais aussi de nourrir un engagement pour les générations d’artistes à venir comme en témoigne son discours à la Julliard School en 2014.

A la scène comme à la ville, la chanteuse se livre totalement. Même si l’autopromotion n’est jamais absente. D’autant que ce bel effort participe de la conquête d’un nouveau public qu’elle sait séduire ! Difficile dés lors de lui en vouloir ! Ne ratez pas son feu communicatif samedi !

Samedi 9 avril : Werther de Jules Massenet en version de concert
Jacques Lacombe dirige de l’Orchestre National de France et la Maîtrise de Radio France

Avec : Juan Diego Flórez (Werther), Joyce DiDonato (Charlotte), John Chest (Albert), Luc Bertin-Hugault (Le Bailly), Valentina Naforniţă (Sophie), Nicolas Rivenq (Johan)
Marc Larcher (Schmidt),

Théâtre des Champs Elysées : http://www.theatrechampselysees.fr/saison/opera-en-concert-oratorio/werther?parentTypeSlug=opera

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