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Critiques /

Je parle à un homme qui ne tient pas en place de Jacques Gamblin et Thomas Coville

par Corinne Denailles

Deux façons d’aller au bout de soi

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Jacques Gamblin a pris ses habitudes au théâtre du Rond-point et ce n’est pas pour déplaire. Après un petit tour du côté du « djazz », un autre dans un gymnase, il nous embarque dans une aventure maritime. Ami du navigateur Thomas Coville, il a entretenu une correspondance avec lui durant le mois de janvier 2014 pour le soutenir dans son tour du monde en solitaire à bord de son trimaran. Exercice complexe. En effet tous les encouragements du monde paraissent dérisoires face à l’envergure du projet chargé d’un gros enjeu car Coville a déjà échoué trois fois et de toute façon toute victoire est constamment remise en jeu. Il échouera encore une fois, par abandon face au déchaînement météorologique mais il gagnera la course en 2016.
Coville n’a guère le loisir de correspondre avec son ami si bien que le comédien dialogue avec lui sous forme de monologue avec son ordinateur et avec la petite balle jaune qui représente le parcours du bateau sur l’immense planisphère sur laquelle il suit l’évolution de son ami. Par deux fois on entend la voix du navigateur qui enverra un SMS de remerciement pour le soutien réel apporté. Donc Gamblin envoie dans le vent ses messages d’amitié et d’admiration, souhaite « bonne nuit au lâche qui ne lâche rien… au conquérant du silence », messages qui lui donnent l’occasion de s’interroger sur ce que donner, recevoir, se donner la possibilité de recevoir signifient… et de perdre le fil. Il déclare philosophiquement qu’on « n’est pas responsable de ce qui arrive mais qu’on est responsable de ce qu’on en fait ».
À la fin du spectacle, il imagine les pensées de Coville de retour au port de la Trinité-sur-mer en vaincu face à ceux qui sont venus l’attendre ; pas seulement une question d’orgueil mais un véritable désespoir qui donnerait envie de se terrer dans un trou de souris. Beaucoup de douceur et d’empathie dans ce texte, et puis Gamblin inévitablement joue de la comparaison, la scène est son océan où inlassablement il remet en jeu son titre, les risques physiques en moins.
Pierre Nouvel a imaginé une belle scénographie qui conjugue des images saturées de couleur vive presque abstraites et une vidéo de la course, du bateau qui fend l’eau furieusement à 80 km/heure dans le fracas de la mer, baignées dans un univers sonore original conçu par Lucas Lelièvre, dont la musicalité restitue la rudesse du milieu marin, la violence des éléments. La tourmente peut être à son comble, avec Jacques Gamblin on peut être sûr que le voyage sera poétique, élégant, délicat et souriant. Il nous embarque dans son aventure, esquisse quelques pas de danse, tout en légèreté et nous séduit une fois de plus.

Je parle à un homme qui ne tient pas en place, un spectacle de Jacques Gamblin et thomas Coville, avec Jacques Gamblin. Scénographie et vidéo, Pierre Nouvel ; son Lucas Lelièvre ; lumières, Laurent Béal ; costumes Marie Jagou. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 18 novembre 2018 à 18h30. Durée : 1h30.

© Nicolas Girardin

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