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Critiques / Théâtre

Je n’ai pas eu de père, je n’ai eu qu’un propriétaire Catherine Anne

par Jean Chollet

Deux Agnès pour un même combat

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Sous ce titre évocateur tiré de sa pièce Agnès, Catherine Anne présente un diptyque qui, sous des formes différentes, aborde la domination et les agressions exercées par les hommes sur les femmes à travers les époques. Si les situations et le contexte sociologique n’ont rien en commun, les intrigues couvrent une problématique qui malheureusement demeure encore d’actualité avec l’évocation du pouvoir paternel exercé aveuglément sur le cercle familial. En particulier vis à vis des enfants, avec des désirs incestueux. C’est cette thématique qui réunit deux pièces dissemblables, comportant toutefois des similitudes, pour une mise en perspective de la condition féminine à trois cent cinquante ans de distance.

En 1994, Catherine Anne écrit Agnès, un de ses textes majeurs (Actes Sud - Papiers), à partir du témoignage d’une jeune femme victime d’inceste alors qu’elle avait douze ans. Dans la pièce, devenue adulte, elle reste sous l’influence du traumatisme causé par les viols commit par son père, exerçant encore son pouvoir familial et dressant un mur de silence sur le passé. Avocate, entourée par sa sœur, sa mère et sa grand-mère, Agnès est partagée entre l’amour et la haine de sa filiation, la honte et la douleur qui l’accompagnent sans pouvoir oublier. Hormis auprès de sa tante, elle ne trouve bien que peu d’appuis extérieur et de crédibilité pour libérer sa parole et trouver une forme d’apaisement. Elle y parviendra à la suite de menaces qui pèsent sur sa jeune sœur, trouvant dans cette libération une forme de renaissance possible pour envisager l’avenir. La pièce évoque avec justesse un climat social et familial et les drames qu’il engendre avec acuité. Elle porte en elle des accents bouleversants, qui concourent à faire ressentir les enjeux de ses propos.

Classique comptant parmi les grandes œuvres de Molière, L’Ecole des femmes, comédie en cinq actes créée en décembre 1662, porte pour l’essentiel sur la relation d’un riche commerçant aspirant à la noblesse, Monsieur de la Souche, connu plus simplement sous le nom d’Arnolphe, avec la jeune Agnès qu’il a élevé dans l’isolement et l’ignorance avec le dessein de l’épouser. Car il entend “ Choisir une moitié qui tienne tout de moi ”. Malgré ses précautions, Arnolphe ne pourra empêcher la rencontre du jeune Horace, qui par hasard se confie à lui, avec Agnès. Après quelques ruses et rebondissements les deux jeunes gens pourront se marier, en conjuguant amour et émancipation de la femme. Au XVIIème siècle, malgré son succès, la pièce souleva polémique et débats au regard des principes d’une société coincée par ses principes et ses rapports à la religion.

Dans le décor architecturé, à la fois évocateur et symbolique, de Sigolène de Chassy, qui sert de cadre aux deux pièces en contribuant au rythme et aux circulations, Catherine Anne a choisi une interprétation exclusivement féminine pour les deux pièces, dans le respect du sexe de personnages. Une manière pour elle d’interroger “ la question homme/femme, dans le rapport au corps et au jeu du pouvoir et de la séduction”. Ainsi neuf comédiennes interprètent plusieurs rôles dans les costumes signifiants de Floriane Gaudin, sous les lumières de Nathalie Perrier. Avec elles, Catherine Anne conduit les deux spectacles en tenant compte de leurs tonalités respectives. Pour Agnès, avec beaucoup de rigueur attentive et de sensibilité, elle éclaire sans excès naturalistes les situations et les sentiments qui traversent les différents personnages jusque dans le non-dit. Pour l’Ecole, elle joue à fond la carte de la comédie n’hésitant pas à grossir le trait dans le travestissement, sans pour autant évacuer sa portée profonde. Dans les différents registres, Morgane Arbez (les deux Agnès) Marie-Armelle Deguy (le père d’Agnès et Arnophle), Evelyne Istria (grand-mère d’Agnés et Alain, valet d’Arnolphe), contribuent, dans une belle unité avec leurs partenaires, à la réussite de ce diptyque théâtral militant.

Agnès de Catherine Anne, L’Ecole des femmes de Molière, mise en scène Catherine Anne, scénographie Sigolène de Chassy, lumières Nathalie Perrier, son Madame Miniature, costumes Floriane Gaudin, avec Morgane Arbez, Léna Bréban, Marie-Armelle Deguy, Océane Desroses, Caroline Espargillière, Evelyne Istria, Lucille Paysant, Stéphanie Rongeot, Mathilde Souchaud. Durée : Agnès 1 heure 45, L’Ecole des femmes 1 heure 55, en alternance ou en intégrale.
Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 2 févier 2014. Scène nationale de Chambéry du 4 au 8 février 2014.

Photo © Olivier Bellamy

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