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Critiques / Théâtre

Je l’appelais Monsieur Cocteau de Carole Weisweiller

par Dominique Darzacq

Souvenirs à l’encre sympathique

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Dans la grande bibliothèque de l’hôtel particulier qu’elle habite, cachée derrière un grand paravent Coromandel, une petite fille d’à peine huit ans épie le tournage du film Les Enfants terribles de Jean Cocteau. Celui-ci deviendra son magicien et son pygmalion. « Monsieur Cocteau émiettait dans mon univers des parcelles de fêtes. Il me faisait participer comme une adulte à sa vie quotidienne, m’inventait des histoires que nous étions seuls à comprendre » écrit Carole Weisweiller dans l’ouvrage où elle relate l’amitié qui la lia au poète et leur vie à Santo-Sospir villa du Cap-Ferrat où sa mère Francine, riche mécène invita, en 1950, Cocteau à être chez elle comme chez lui, ce qu’il fit en s’installant pour de longs séjours pendant plus de dix ans.
C’est ce livre-souvenirs, à travers lequel « la petite fille aux deux mains gauches » rend hommage aux multiples talents de celui qui se voulait « le Paganini du violon d’Ingres » et qui avait pour devise « à l’impossible je suis tenu », que Bérengère Dautun, dans le rôle de la narratrice, a eu la bonne idée d’adapter pour la scène.

Dans une scénographie intimiste où s’inscrivent deux parties différentes de la Villa Santo-Sospir, à droite la serre transformée en atelier pour le poète, à gauche un salon d’été en rotin, la Carole d’aujourd’hui, sans doute de retour d’une soirée, convoque souvenirs et fantômes, renoue le dialogue avec un Cocteau resté jeune et interprété en tout finesse par Guillaume Bienvenu.

C’est un Cocteau souvent malicieux, parfois grave et obstiné à réfuter sa réputation de caméléon, affirmant « un poète emprunte plusieurs véhicules, dessiner ou peindre, c’est tout simplement nouer différemment sa ligne » , que s’attache à nous montrer cette adaptation qui – projections à l’appui - fait une large place au poète graphiste, celui qui selon sa propre formule « tatoua » entièrement de fresques mythologiques la Villa de Saint-Jean Cap Ferrat , ( que l’on visite aujourd’hui comme un musée), décora de simples la chapelle Saint Blaise à Milly la Forêt et bien sûr la Chapelle de Villefranche , « ce chef d’œuvre d’un art roman sauvé du vandalisme moderne par la superbe nonchalance méditerranéenne ». En chemin, on aperçoit Doudou, Edouard Demit, fils adoptif de Cocteau, Jean Marais que Carole retrouvait en Apollon sur les murs de la Villa, on croise surtout Picasso chez qui « le génie jaillit de partout comme une pomme d’arrosoir ».

Dans la mise sobre et discrète de Pascal Vitiello, les souvenirs émerveillés de Carole Weisweiller s’offrent comme une promenade dans l’univers d’un poète qu’en sortant du théâtre on a envie de retrouver.

Je l’appelais Monsieur Cocteau de Carole Weisweiller, adaptation Bérengère Dautun, mise en scène Pascal Vitiello, avec Bérangère Dautun et Guillaume Bienvenu (1h20)

Studio Hébertot du mardi au samedi à 19h dimanche 17h tel 01 42 93 13 04

Photo ©Lot

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