Du 13 novembre au 20 décembre 2025 au Théâtre 14 pour le cycle Musset - Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.

Il ne faut jurer de rien d’Alfred de Musset, mise en scène et scénographie d’Eric Vigner.

Un joyau scénique sur les atermoiements de l’amour de la jeunesse.

Il ne faut jurer de rien d'Alfred de Musset, mise en scène et scénographie d'Eric Vigner.

Il ne faut jurer de rien est une comédie-proverbe d’Alfred de Musset écrite en 1836, présentée pour la première fois en 1848 au Théâtre de la République (Théâtre Français). Elle fait suite à On ne badine pas avec l’amour, écrite en 1835 - deux pièces qui se répondent mais sans la même fin. Musset fait dire à Valentin au dénouement - une atmosphère à la Maeterlinck - : Je t’aime, je t’épouse, concluant qu’Il ne faut jurer de rien, encore moins défier personne.

Eric Vigner, metteur en scène esthète, choisit les chemins de traverses, à travers ce proverbe, genre dramatique en vogue au XVIIIe et au XIXe. « Une traversée des apparences toute mussettienne, celle des bouleversements artistiques et politiques pour un jeune homme dont la quête d’une vie est celle de la vérité dans un temps troublé qui n’est pas sans rapport avec le nôtre. »

Valentin à 25 ans vit de la fortune de son oncle et ne veut pas se marier de peur d’être trompé. Or, son oncle veut qu’il épouse Cécile de Mantes, riche aristocrate. Valentin propose le défi de la séduire incognito pour prouver qu’il ne devrait pas l’épouser. Mais c’est sans compter sur la surprise de l’amour. Éric Vigner a choisi de mettre en scène cette comédie-proverbe d’Alfred de Musset pour six jeunes acteurs de la promotion 11 de l’École du TNB, qui se ré-approprient la réalité du goût de la nature, celle du travail, de l’argent, de l’organisation sociale à quoi on doit se soumettre - adaptation et invention.

Il ne faut jurer de rien est l’une des pièces les plus folles et réussies de Musset. Le jeu avec les espaces - la chambre, le château, le jardin - lui confère mobilité dans un art de l’apparition scénique et du mouvement libre. Frappe d’emblée la drôlerie des propos des protagonistes qui s’amusent des mots d’esprit de la langue française replacée en majesté à l’oreille du public. Et les comédiens, Esther Armengol, Lucille Oscar Camus, Stéphane Delile, Esther Lefranc, Paolo Malassis, Nathan Moreira, ont tous leur quant-à-soi.

Statures verticales hiératiques, dessinées avec acuité et clarté sur l’écran lumineux du mur du lointain, tel un théâtre d’ombre aux silhouettes élégantes, aristocratiques et évocatrices d’une assurance sociale imparable. Or, ces figures significatives d’apparat ont aussi leurs propres mouvements fragiles qui leur font amorcer sauts incongrus, gestes virevoltants et cabrioles baroques.

Certes, les situations sont cocasses - un oncle qui voudrait voir se ranger un neveu fantasque, et on ne sait qui est le plus fantaisiste des deux tant ils rient et s’amusent des prérogatives du sentiment amoureux - valeur intouchable. Aux atermoiements initiaux du jeune homme rétif au mariage par peur de la trahison s’oppose une fin heureuse, l’amour même de Cécile, libre et vive, qui lui offre en partage une conscience en éveil aux sentiments réciproques.

Et la révélation de l’amour introduit un autre temps et un autre langage : circonvolutions étudiées, détours sinueux empruntés pour des aveux chaque fois retardés - un art de dire où se déploie le lyrisme de Musset : intensité de la passion, ombre et lumière, paysage extérieur de bosquet verdoyant senti comme plus inquiétant, la nuit. La rencontre entre la comédie et la poésie fait de la pièce une comédie chatoyante et radieuse du répertoire romantique.

Expérience éprouvée, Valentin se voit soumis à un retournement de ses certitudes, jeune homme qui avait souffert d’avoir été trahi et qui ne voulait plus jamais souffrir en se réfugiant dans les plaisirs éphémères, accepte la vérité de l’amour. « … et les soleils tomberaient en poussière si l’un d’entre eux cessait d’aimer », dit l’amant, féru d’amour et de vérité.

Un joyau scénique, une fête théâtrale, qui fait la révérence à une langue expressive retrouvée, portée par des acteurs engagés, exigeants et rigoureux qui retiennent fort le regard des spectateurs sans jamais les laisser en repos.

Il ne faut jurer de rien, d’Alfred de Musset, mise en scène Éric Vigner.
Avec Esther Armengol, Lucille Oscar Camus, Stéphane Delile, Esther Lefranc, Paolo Malassis, Nathan Moreira. Collaboration artistique Jutta Johanna Weiss, assistanat à la mise en scène Émilie Lacoste, scénographie Éric Vigner, maquillage-coiffures Anne Binois, son John Kaced, lumières Nicolas Bazoge, costumes Jatin Malik Couture, régie générale Michel Bertrand, régie lumière Manon Pesquet. Du 13 novembre au 20 décembre, mardi, mercredi, jeudi, vendredi 19h, samedi 16h. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène Eric Vigner, avec Christèle Tual et Thibault de Montalembert, du 13 novembre au 20 décembre, mardi, mercredi, jeudi, vendredi 21h, samedi 18h.Cycle Alfred de Musset / Eric Vigner - Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, du 13 novembre au 20 décembre 2025, au Théâtre 14, 20avenue Marc Sangnier 75014 - Paris. theatre14.mapado.com / 01.45.45.49.77. Du 20 au 22 janvier 2026 à La Comédie de Reims. Les 27 et 28 janvier 2026 à Bayonne, Scène nationale.

Crédit photo : Gwendal Le Flem

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Véronique Hotte

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