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Critiques / Théâtre

Il était une fois Germaine Tillon

par Jean Chollet

Voix d’une femme d’exception

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Sa récente entrée au Panthéon en mai 2015 a remis au cœur de l’actualité cette femme exemplaire, dont le destin aura croisé des périodes marquantes de l’histoire contemporaine. Après des études en ethnologie, Germaine Tillion (1907 – 2008) est chargée de mission en 1935 dans l’Aurès, région montagneuse de l’Est algérien, pour étudier l’ethnie berbère des Chaouïas, notamment dans ses relations avec les règles sociales et économiques imposées dans le cadre de Algérie “française ” de l’époque, avec lucidité et empathie. Elle met ses connaissances scientifiques au service d’un grand humanisme qui l’accompagnera tout au long de sa vie.

De retour à Paris en juin 1940, en pleine période de débâcle et d’exode, elle intègre dans un premier temps un réseau d’assistance aux prisonniers de guerre coloniaux, avant d’entrer dans la Résistance. Arrêtée sur dénonciation en août 1942, emprisonnée à la prison de la Santé, puis à Fresnes, elle est déportée en octobre 1943 au camp de Ravensbrück dans un “Kommando” de travail, en échappant, contrairement à sa mère présente à ses côtés, à la “ Solution finale ” mise en œuvre par les Nazis. Une captivité durant laquelle Germaine Tillion, réussit à maintenir au quotidien des relations humaines entre ses codétenues, avec réflexion et courage, distanciation et humour, comme en témoigne l’opérette Le Verfügbar aux enfers inspirée sur place par Offenbach et divers airs populaires, dont elle fut l’instigatrice en réponse aux conditions de détention. Libérée, elle revient en France en juillet 1945, et se consacre à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Le 1er novembre 1954, marque le début de la guerre en Algérie, avec plusieurs attentats dont les plus sanglants se déroulent dans l’Aurès. Sa connaissance du terrain, lui vaut d’être chargée de mission auprès de populations touchées par la crise de la production agricole et l’exode rural, pour lesquelles la formation scolaire et professionnelle lui apparaît prioritaire, à travers la mise en place de Centre sociaux auxquels elle contribue. Un temps attachée au cabinet du gouverneur général Jacques Soustelle (1956), pour s’occuper des affaires sociales et éducatives, Germaine Tillion ne peux que prendre ses distances avec la politique plus répressive de son successeur, en particulier face à la torture. De retour à Paris, elle ne rompt pas pour autant avec l’Algérie, par ses écrits comme par ses visites de lieux de détention. Elle rencontre à sa demande, en juillet 1957, le responsable du FLN d’Alger Yacef Saadi, pour le convaincre de faire cesser les attentats aveugles, en contrepartie de l’abandon des exécutions capitales. Son engagement respecté, elle témoignera à sa décharge lors de son procès en juillet 1958, (condamné à mort, il sera gracié par le général De Gaulle en 1959), surtout préoccupée, dans son désir de paix, de sauver des vies dans les deux communautés.

Ce sont ces trois aspects de ce destin exceptionnel, qui font l’objet d’une adaptation scénique de Xavier Marchand, à partir des ouvrages de Germaine Tillion, Il était une fois l’ethnographie , Ravensbrück, Les Ennemis complémentaires, avec un désir louable de transmission et de mémoire vis a vis d’une personnalité injustement méconnue. A première vue rien d’évident, tant la structure littéraire ne comporte à priori aucun ressorts dramatiques, mais un pari tenu. Respectant l’ordre chronologique, dans la scénographie ouverte et évolutive de Michel Jaquelin, le spectacle prend, pour l’essentiel, la forme d’une conférence où la forme narrative associe l’interprétation de personnages (dont Camille Granville convaincante en Germaine Tillon) avec diverses projections de localisations et d’archives, de matériaux et d’objets signifiants, en relation avec les propos et les situations évoquées. Si sur sa durée, la représentation connaît quelques faiblesses, elle a surtout le grand mérite de transmettre l’oralité d’une écriture, en rendant à travers elle une perception sensible des pensées de son auteure.

Il était une fois Germaine Tillion, mise en scène Xavier Marchand, avec Manon Allouch, Pauline Dubreuil, Camille Grandville, Pascal Omhovère, Myriam Sokoloff. Scénographie Michel Jacquelin, lumière Marie Vincent. Durée : 3 heures 30 avec entracte de 25 minutes.

Théâtre des Quartiers d’ Ivry – Antoine Vitez - Studio Casanova jusqu’au 21 février 2016.

Photo © Hervé Kielwasser

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