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Critiques / Théâtre

Hotel Paradiso

par Corinne Denailles

Polar dans les Alpes

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Les spectacles du collectif Familie Flöz naissent à partir de discussions, d’échanges sur les sujets les plus divers, de jeux, d’improvisations ; quand les premiers personnages intéressant apparaissent, on leur attribue des masques fabriqués immédiatement qui donneront naissance à d’autres histoires jusqu’à ce que peu à peu le spectacle se structure. Evidemment, ce n’est qu’un aperçu succinct d’un processus de création original bien plus complexe. La compagnie est internationale, basée à Berlin depuis 2001, elle réunit des artistes différents selon les créations. Hotel Paradiso est interprété par des artistes allemands, suisse et danois. L’absence total de texte leur laisse toute liberté. Le masque est la pièce maîtresse du spectacle ; il surprend d’abord par sa taille démesurée puis frappe par sa capacité d’expressivité qui conditionne le jeu de l’acteur.

L’action se passe dans le hall d’un petit hôtel alpin un peu suranné qui jouit quand même, au début tout au moins, de quatre étoiles qui surmontent la porte d’entrée tournante. L’endroit est cosy, petits rideaux fleuris, banc de bois, au-dessus de la porte de l’ascenseur, le portrait du propriétaire défunt semble veiller sur les lieux. A côté, la porte de la cuisine, puis on devine un couloir qui dessert les étages, enfin la réception. On apprécie, dans les conditions difficiles du festival, de ce vrai décor conçu par Michael Ottopal qui habilement suggère des espaces invisibles. L’hôtel, tenu par une vieille femme et ses deux enfants, va être le théâtre d’événements sordides dus à un enchaînement de circonstances très malheureuses. La mère mène son monde du bout de sa canne ; le fils est un doux rêveur timide, sa sœur une gredine autoritaire qui n’attend que l’occasion de prendre le pouvoir et tente d’imposer un mignon groom qui finira mal.

Le cuisinier est un brave géant qui ne tronçonne pas que les carcasses de porc ; la domestique est une inguérissable kleptomane qui dissimule sous ses larges jupes ses larcins les plus extravagants, du collier de perles d’une cliente à un extincteur en passant par l’ours en peluche du cuisinier sentimental. La succession de nombreux clients (une femme élégante, une autre simple et douce, un sportif, deux inspecteurs de police, un voleur en fuite, etc.) est l’occasion de scènes comiques irrésistibles, d’acrobatie et même de tours de magie, sans que jamais rien ne paraisse gratuit. La situation se dégrade, les cadavres s’accumulent, les effets comiques s’enchaînent en cascade et le spectacle s’achève faute de combattants. Les quatre interprètes assurent tous les rôles avec un talent époustouflant, as d’un théâtre visuel humoristique qui rappelle l’univers de certains illustrateurs comme Tomi Ungerer.

Hotel Paradiso par la compagnie Familie Flöz. Créateurs : Anna Kistel, Sebastian Kautz, Thomas Rasher, Frederik Rohn, Hajo Schüler, Michael Vogel, Nicolas Witte. Masques : Hajo Schüler, Thomas Rasher. Décor : Michael Ottopal. Costumes : Eliseu R. Weide. Musique : Dirk Schröder. Lumières : Reinhard Hubert. Avec Anna Kistel (du 6 au 14 juillet) puis Marina Rodriguez LLorente, Sebastian Kautz, Daniel Matheus, Nicolas Witte. Au Centre culturel Aragon-Triolet à Orly le 5 décembre à 20h30. Rés : 01 48 52 40 85. Durée : 1h30.

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