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Critiques / Théâtre

Home de David Storey

par Corinne Denailles

Une araignée au plafond

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On ne sait pas très bien où on est ni à qui on a affaire. Deux compères dans un accoutrement à l’anglaise farfelu bavardent très civilement assis à une table, enchaînant banalités sur lieux communs ponctués de "mon Dieu", "ah oui vraiment", "ne m’en parlez pas". Arrivent deux femmes exubérantes et délurées, au langage cru, tout aussi bizarrement affublées, tous un peu clownesques. Peu à peu on comprend qu’ils sont dans un asile d’aliénés.
Gérard Desarthe a choisi résolument la dérision si bien que la pièce tourne un peu à la comédie un peu datée et perd beaucoup de son humanité, de sa dimension tragique. Certaines répliques font rire par leur décalage, leur absurdité mais elles devraient sonner sur un mode sensible comme l’avait si bien compris Chantal Morel qui avait mis en scène cette pièce à trois reprises, dont la dernière en 2012. Dans la traduction de Marguerite Duras, la couleur des mots et le rythme singulier de la phrase contribuaient à déréaliser la situation et entraînaient le spectateur dans l’espace mental de chacun, en accord avec l’esprit beckettien de la pièce (Claude Régy avait mis en scène la pièce pour la première fois en France dans la traduction de Duras en 1972).

David Storey montre, avec une certaine tendresse et un humour bienveillant, le désarroi et les fêlures de ces êtres abandonnés de tous et d’eux-mêmes, dont le dernier foyer (home) est l’asile où ils sont enfermés. Jack (Pierre Palmade), l’air absent, la tête ailleurs, s’invente une famille innombrable à qui il prête des foules d’anecdotes comme autant de substituts d’une existence confisquée. Harry (Gérard Desarthe), qui joue le gentleman policé, est un dépressif qui déplore que la communication soit source de difficultés. Marjorie (Valérie Karsenti) pleure toujours à Noël. Kathleen (Carole Bouquet), elle, éclate de rire pour un oui, pour un non et pourtant elle a essayé de se suicider, "les gosses chez ma soeur. La tête dans le four". Quand au jeune Alfred (Vincent Deniard), il considère la table comme un adversaire avec lequel il doit lutter. Gentiment désaxés, mythomanes, obsédées sexuelles ou pédophiles supposés, ce sont des êtres humains fragiles, souffrants, dont les comportements absurdes font rire par réflexe et peut-être par peur de tomber à notre tour dans le trou noir de la folie. Si le parti pris de mise en scène dévoie quelque peu la portée du texte, il faut admirer le jeu des acteurs que le metteur en scène a judicieusement distribués à contre-emploi, lui-même comme les autres, et qui assument avec talent des compositions outrancières mais fort bien brossées.

Home de David Storey, traduction Hazel Karr, mise en scène Gérard Desarthe. Décors et costumes Delphine Brouard ; maquillage et coiffure Suzanne Pisteur ; lumières Rémi Claude, son Jean-Luc Ristord. Avec Carole Bouquet, Vincent Deniard, Gérard Desarthe, Valerie Karsenti, Pierre Palmade. Au théâtre de l’Œuvre du mardi au samedi à 21h, samedi à 18h, dimanche à 15h.

© Dunnara Meas

Une exposition photographique du spectacle Home par Dunnara Meas est présentée au foyer du Théâtre de l’Oeuvre (entrée libre).

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