Hélène après la chute de Simon Abkarian

Un chant homérique à deux voix

Hélène après la chute de Simon Abkarian

Après Ménélas Rébétiko rapsodie (2013), Simon Abkarian signe le deuxième volet d’un diptyque consacré au roi grec avec ce chant d’amour désespéré à deux voix sur fond de guerre.
Hélène s’ennuyait ferme auprès de son guerrier d’époux, fou d’amour pour la belle Hélène mais trop occupé à ses batailles pour l’emmener au cinéma. À l’occasion d’une expédition de Ménélas en Crète qui laisse la reine encore une fois seule, le beau Pâris, prince troyen, la séduit et l’enlève. À son retour, trahi dans son honneur et son amour, Ménélas décide d’assiéger Troie pour récupérer son épouse adorée, aidé dans son entreprise par son frère le roi Agamemnon (qui ira jusqu’à sacrifier sa fille Iphigénie pour que les vents daignent se lever) et surtout Ulysse (l’inventeur astucieux du grand cheval de bois). Vainqueur de la guerre de Troie, le roi grec ramènera Hélène à Sparte, tandis que Pâris, qui, protégé par Aphrodite, a échappé à la mort dans le duel avec Ménélas, mourra sous la flèche de Philoctète. Simon Abkarian le fait mourir sous les coups de Ménélas, un raccourci qui symboliquement sert son propos. En effet, le dramaturge imagine les retrouvailles du couple royal dans la chambre d’amour d’Hélène et de Pâris, dialogue intime de deux êtres blessés tandis que Troie est en flammes et que l’amant est parti ad patres au royaume d’Hadès.
Cela donne lieu à un beau poème musical, un chant tragique nourri de lyrisme et de récit cru au fil duquel l’auteur rend leur humanité et leur grandeur aux personnages mythiques, à elle que les Grecs traitaient de putain, à lui qui n’était pas qu’un brutal guerrier. La tragédie et la musique sont l’alpha et l’oméga de sa création artistique ; Abkarian s’y trouve tellement à son aise qu’il se laisse un peu emporter par le torrent d’images fortes mais qui menacent parfois de noyer le spectateur.
Aurore Frémont qui interprète avec une belle intensité Hélène, femme émancipée et douloureuse, était aussi l’Electre des bas-fonds (révélation du prix du syndicat de la critique en 2019), la combattante avec laquelle elle partage un statut de captive et une volonté de liberté infrangible. Le jeu de la comédienne, impériale dans sa souffrance, surpasse celui de son partenaire, Brontis Jodorowsky, qui ne donne pas assez de relief et de profondeur à ce poignant lamento amoureux. La scénographie et les costumes sont bien trop écrasants, mais, magnifiques de sensibilité et de finesse, la musique et la voix de Macha Gharibian dialoguent avec les personnages et c’est pure poésie sur les cendres encore brûlantes de la guerre.

Hélène après la chute de Simon Abkarian. Avec Aurore Frémont, Brontis Jodorowsky. Piano, voix, Macha Gharibian. Piano, voix le 10 novembre, Bettina Kee. Collaboration artistique, Pierre Ziadé. Lumière, Jean-Michel Bauer. Décor, Noëlle Ginefri et Philippe Jasko. Son, Orian Arrachart. Costumes, Simon Abkarian. Conception costumes, Nathalie Thomas.
A l’Athénée-Louis Jouvet jusqu’au 25 novembre 2023. Durée : 1h30
© Antoine Agoudjian
Texte édité aux éditions Acte Sud-papiers

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A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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