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Guy-Claude François quitte le soleil

par Jean Chollet

Disparition d’un scénographe bâtisseur, qui aura marqué son temps.

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C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès d’un grand créateur de la scène, dont les créations scénographiques ont marqué ce dernier demi-siècle. Guy-Claude François est né à Berk le 9 novembre 1940, et mort à Paris le 4 février 2014. Après des études classiques, il entre à l’Ecole du Louvre, puis à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSAT) et aborde la pratique professionnelle dans des ateliers de décors, notamment celui de l’Opéra de Paris, où il pratique la peinture et les maquettes, avant de devenir directeur de scène du Théâtre Récamier.

En 1968, il rencontre Ariane Mnouchkine qui le convie à intégrer l’équipe du Théâtre du Soleil, où il signe sa première scénographie pour L’Age d’or en mars 1975. Une réalisation remarquée, nécessitant l’apport et la mise en œuvre de 2.500 m3 de terre, formant quatre cratères revêtus de chape de béton et de tapis brosse. Un espace magique, réunissant acteurs et spectateurs. Suivront des créations où l’organisation de l’espace et la conception du décor jouent un rôle actif dans la représentation. Parmi elles, Méphisto, le roman d’une carrière, d’après Klaus Mann, (1979), le Cycle “Les Shakespeare ” : Richard III, La Nuit des Rois, Henry IV (1981-1984), L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, Roi du Cambodge, (1985), L’Indiade ou l’Inde de leurs rêve (1987) et La ville parjure ou le réveil des Erinyes (1994-1995) de Hélène Cixous, Les Atrides (1990-1993), Tambours sur la digue (1999) ou encore Le Dernier Caravansérail (2003-2005). Si la pratique de Guy-Claude François est inséparable du Théâtre du Soleil, il a prêté son talent à divers metteurs en scène dont Otomar Krejka (Les Trois sœurs, Père, La Cerisaie, Antigone …) Armand Delcampe , Alain Sachs ou Irina Brook., avec des collaborations pour l’opéra auprès de Jean-Claude Penchenat, Antoine Bourseiller, Jean Christophe Mast, ou Mireille Laroche.

Mais dès 1978, avec les décors du film Molière de Ariane Mnouchkine, et avec son souhait d’élargir sa pratique de la scénographie, il collabore à des réalisations cinématographiques notamment aux côtés de Roger Coggio, Colline Serreau, James Ivory, et surtout Bertrand Tavernier (La Passion Béatrice, La Vie et rien d’autre, Capitaine ConanD…). En parallèle, Guy-Claude François, sera le maître d’œuvre de la cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques d’hiver d’Alberville auprès de Philippe Decouflé, pratique la muséographie notamment pour le Musée de la Résistance et de la Déportation à Lyon ou installe le show de Mylène Farmer dans le Palais de sports de Bercy. Une palette conceptuelle étendue et une relation à l’espace qui le conduisent à fonder en 1988 avec Jean-Hugues Manoury, la société Scène avec laquelle il participe à la réalisation ou à l’aménagement de nombreux lieux de spectacle. Dans son désir de faire partager et de transmettre ses connaissances, il sera également enseignant à l’Ecole d’architecture de Clermont-Ferrand (aujourd’hui à Nantes) et à celle Strasbourg, puis à l’Ecole nationale des Arts décoratifs (ENSAD) dont il assure la direction du département scénographie de 1992 à 2006.

Dans l’exercice de la scénographie, qu’il qualifiait de “ culture de l’espace et d’organisation du regard ”, Guy-Claude François aura largement contribué aux évolutions d’une pratique devenue pluridisciplinaire et aux évolutions de celle-ci, en servant de référence et de repère aux nouvelles générations. Sa sensibilité à la globalité de l’ensemble du lieu de représentation, son inventivité, la force expressive et métaphorique de ses esthétiques et sa relation avec la dramaturgie demeurent exemplaires. Nous n’oublierons pas cet éternel jeune homme, dont les qualités artistiques se fondaient dans une humanité exprimée avec humour sous un sourire juvénile et chaleureux.

A lire Construire pour le temps d’un regard Guy-Claude François scénographe (Editions Fage) La Scénographie, Guy Claude François à l’œuvre de Luc Boucris (Editions L’Entretemps)

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