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Critiques / Théâtre

Grisélidis d’après les écrits et les paroles de Grisélidis Réal

par Dominique Darzacq

Emmenée par Coraly Zahonero, la pute insoumise passe brillamment du trottoir à la scène

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Ecrivain, Peintre, Prostituée, ainsi que, selon ses vœux, l’indique son épitaphe, Grisélidis Réal repose depuis 2009 au cimetière des rois de Genève, le Panthéon suisse, aux côtés de Calvin. Une manière d’ultime et éternel pied nez aux conventions de celle qui affirmait « Dieu n’existe pas. Et s’il existe c’est un con. C’est une honte d’avoir fabriqué une planète pareille », et qui hissa la prostitution au rang des sciences humaines, batailla toute sa vie contre le carcan de la morale, celle « qui culpabilise à mort », qui « massacra son enfance » et qu’elle décida de fuir à trente ans en emmenant avec elle deux de ses enfants et son amant noir, rejoignant « le grand troupeau des nomades en transhumance »

Munich sera la première marche d’une descente aux enfers que Grisélidis Réal sut transformer en flamboyante réussite, la première étape d’un parcours hors normes qui la fera singulière et plurielle. Confrontée à la misère, la mère se prostitue. Jetée en prison pour avoir vendu du haschich, la diplômée de l’Ecole d’art de Genève reprend ses pinceaux, peint et écrit. Dès lors, artiste et catin, elle peint et écrit pour ne pas mourir et se prostitue pour vivre. Pute révolutionnaire, elle fait le job en militante, revendique le rôle social de la prostitution, « Nous gagnerons l’espace qui nous revient, à nous qui sommes le baume sur la blessure, l’eau dans le désert ».

La cause de ses « copines », comme elle aimait à désigner les prostituées, sera son combat. S’élevant contre les maffias ignobles qui exploitent les filles, elle prônait une prostitution libre et indépendante, ira jusqu’aux Nations-Unies défendre une activité qu’elle considérait comme « un art, une science, un humanisme ». Tel du reste qu’elle le pratiquait et ne cessant de combattre l’hypocrisie d’une société qui condamne la prostitution et va aux putes éjaculer en catimini. « Je préfère crever en pute vieillie, infirme et alcoolique, droguée et cancéreuse même s’il le faut, plutôt que de m’envelopper dans le linceul blanchi de leur hypocrisie ».

Ne cessant de peindre et d’écrire, d’une vie durement gagnée sur le chantier du lit, Grisélidis Réal a fait une œuvre singulière où s’enchevêtrent ses folies intimes et la folie des hommes. Le pinceau, aveu des fantasmes de l’artiste est baroque, onirique, hanté de reptiles et d’étoiles. La plume à la verve gouailleuse qui appelle un chat un chat, parle du sexe crument et de l’amour, le vrai, avec lyrisme, est celle d’une femme debout, et à sa manière d’une reine.

C’est à cette femme-là, à partir de ses nombreux écrits et en osmose avec son combat pour la liberté que Coraly Zahonero nous donne à voir et entendre en un spectacle ciselé à fleur d’âme, tout à la fois drôle et bouleversant.
Accompagnée de deux musiciennes : Hélène Arntzen (saxophones) et Floriane Bonanni (Violon), du trottoir « équateur invisible qui traverse la terre et écorche les pieds et l’âme », au boudoir où l’hétaïre analyse avec bienveillance le comportement de ses clients, Coraly Zahonero incarne au plus près une Grisélidis un rien gitane, lucide et passionnée et sans autre effet que la finesse et la vérité du jeu, nous fait bien percevoir ce qui sous la gouaille, gît de douleur et de poésie. Du grand art. Allez-y voir.

Le spectacle créé en mai au Studio de la Comédie-Française est à voir en ce moment au Festival Off Avignon au Petit Louvre

Grisélidis d’après les textes de Grisélidis Réal, conception et interprétation Coraly Zahonero, sociétaire de la Comédie-Française. Avec Hélène Arntzen (saxophones), Floraine Bonanni (Violon) durée 1h10

Théâtre du Petit Louvre Festival Off Avignon à 18h15 jusqu’au 30 juillet

Photos © Vincent Pontet -collection Comédie-Française.

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