Du 3 mars au 4 avril 2025 à La Colline - Théâtre National.

Golem, texte de Amos Gitaï et Marie-José Sanselme, mise en scène Amos Gitaï.

Manifeste et témoignage d’un humanisme à sauvegarder.

Golem, texte de Amos Gitaï et Marie-José Sanselme, mise en scène Amos Gitaï.

Dans la tradition juive d’Europe orientale, le Golem est un être artificiel à forme humaine, modelé par l’homme et animé soit par un parchemin fixé à son front et portant le nom de Dieu, soit par une formule placée sur son front, comportant le mot emeth « vérité », un reflet, une ombre d’homme contrefait.

Le Golem, figure légendaire des textes kabbalistiques, est une créature d’argile créée pour protéger la communauté juive en réaction aux persécutions. Le théâtre du cinéaste israélien Amos Gitaï est inspiré d’un conte pour enfants d’Isaac Bashevis Singer, de textes de Joseph Roth, Léon Poliakov et Lamed Shapiro, et des biographies des comédiens.

Le metteur en scène, éclairé et profondément humaniste, superpose ce mythe aux interrogations contemporaines sur le rapport entre création et destruction, entre progrès et désastre : une parabole sur le sort des minorités.

Sur le plateau théâtral de Golem, la mise en scène d’Amos Gitaï, cinéaste israélien qui a créé en 2023 House à La Colline, surgissent les horreurs du monde, à la fois sur le vaste écran du lointain aux images de films en noir et blanc, aux reprises réinventées, et sur la scène des personnages « vivants ».

Un puzzle, une mosaïque d’instants, d’histoires, de témoignages imposant le feu des couleurs flamboyantes jaunes, rouges et orangées élevées et leurs craquements sonores - le rappel des incendies et de la couleur rouge sang des pogroms à Prague, rapportés par une troupe cosmopolite de comédiens, chanteurs, musiciens, tous talentueux - langues, origines, traditions plurielles.

Je dédie cette histoire aux persécutés, aux opprimés partout dans le monde, jeunes et vieux, juifs et gentils, dans l’espoir fou que le temps des accusations injustes et des décrets iniques viendra un jour à sa fin. (I. B. Singer, Le Golem).

Ombres, fantômes, spectres, le plateau sur lequel est tombée des cintres une masse de vêtements colorés, usagés, abandonnés, appartenant à ceux qu’on a fait disparaître - rafles, tortures, humiliations et mises à mort sanguinaires. Couleurs grises et sombres d’une terre dévastée - poussières et cendres.

A l’origine encore ou comme prétexte, la disparition d’une petite fille Hanka, dont on rend responsable un notable Juif - la communauté étant accusée d’user de sang humain pour la confection d’une de ses spécialités culinaires.

Une disparition, à l’inverse, qui fait écho à une autre vie enfantine échappée - miracle - aux pogroms, aux exactions de mise à mort des uns sur d’autres.

Les nombreux interprètes se penchent et s’assoient, chacun près d’un monticule de vestes, pantalons et chemises qu’ils tentent de réordonner, tandis que l’un ou l’autre exprime dans sa langue la réalité des infamies perpétrées par des « pogromistes » - sur ceux qu’ils qualifient de « Juifs »…

Bahira Ablassi, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Naouri, Menashe Noy, Minas Qarawany, Anne-Laure Ségla, représentent et parlent intensément au nom de toutes les victimes qu’on a voulu faire taire et disparaître dans l’effroi.

Absurdité de tous les enfermements identitaires, des racismes, des séparations - artifice et rouerie -, des prétendues différences instituées en système mensonger, niant la reconnaissance existentielle due à tous - la liberté, l’égalité, la fraternité et la parité des vies, quelles qu’elles soient.

Multiplicité des vies sur lesquelles la sottise et la « mauvaiseté » ont attenté : feu et flammes incandescentes sur les divers panneaux dévolus à chacun, selon des mises en abyme du grand écran sur de plus petits. Ces panneaux verticaux sur pied seront les socles mêmes près desquels se sculpteront autant de Golem qu’il y a d’interprètes scéniques, sculptures d’argile vivantes et dénudées, révélant l’exacte humanité physique et symbolique.

A l’honneur à La Colline, le Moyen-Orient, avec Golem du cinéaste et metteur en scène israélien Amos Gitaï, T’embrasser sur le miel première pièce de Khalil Cherti et Journée de noces chez les Cromagnons de Wajdi Mouawad.

Avec quelles « armes » survivre à la sauvagerie des guerres, résister et se réinventer ? Israël, Syrie ou Liban, les dramaturges à La Colline inventent des refuges intimes et poétiques : des recours face à la violence du monde.

Un spectacle - manifeste et témoignage - d’un humanisme à sauvegarder.

Golem, texte de Amos Gitaï et Marie-José Sanselme, mise en scène Amos Gitaï, à La Colline - Théâtre national, 15, rue Malte-Brun 75020- Paris. Tél : 44 62 52 52, billetterie.colline.fr Avec Bahira Ablassi, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Naouri, Menashe Noy, Minas Qarawany, Anne-Laure Ségla, les musiciens Alexey Kochetkov au violon et synthés, Kioomars Musayyebi au santour, Florian Pichlbauer au piano et les chanteuses Dima Bawab, Zoé Fouray, Sophie Leleu, voix et harpe, Marie Picaut, recherche Rivka Markovitski Gitaï, assistanat à la mise en scène Céline Bodis, Talia De Vries, Anat Golan, lumières Jean Kalman assisté de Juliette de Charnacé, son Eric Neveux, scénographie Amos Gitaï assisté de Sara Arneberg Gitaï. Coiffures et maquillage Cécile Kretschmar, costumes Fanny Brouste assistée d’Isabelle Flosi, patine costumes Emmanuelle Sanvoisin, vidéo Laurent Truchot, conseiller musical et chef de chœur Richard Wilberforce. Du 4 mars au 3 avril 2025 au Grand théâtre de La Colline - Théâtre National, du mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30 et dimanche 15h30, relâche dimanche 9 mars. Spectacle en français, yiddish, allemand, anglais, arabe, espagnol, hébreu, ladino, russe surtitré en anglais et en français.
Crédit photo : Simon Gosselin

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Véronique Hotte

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