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Critiques / Théâtre

Fin de l’histoire d’après Witold Gombrowicz

par Corinne Denailles

Une histoire à dormir debout

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Christophe Honoré ne manque pas d’audace, une qualité qui a parfois ses limites. Après s’être intéressé au Nouveau roman, il s’attaque ici à un sujet aussi imposant que volatil. A partir de l’oeuvre du Polonais Witold Gombrowicz (1904-1969), il a tenté de composer une réflexion théâtrale sur la notion de fin de l’histoire en s’appuyant sur une écriture de plateau pas toujours convaincante. Il s’emploie à conjuguer des genres incompatibles et à faire le grand écart entre une barbante pseudo conférence qui réunit quelques philosophes censés dialoguer autour du thème (Marx, Derrida, Hegel, Kojève, Fuguyama) et des scènes de comédie complètement déjantées dans le cadre de la gare de Varsovie en 1939 où la famille de Gombrowicz attend un train improbable qui doit conduire le jeune Witold à Londres. Certaines scènes sont franchement drôles mais on n’en voit pas la fonction dans l’économie générale du spectacle comme une hilarante leçon de danse menée à un train d’enfer par Rena, la soeur de Witold, interprétée par la formidable Marlène Saldana. La scène chaplinesque de la conférence de Munich revisitée est fort réussie. Les participants historiques ont décidé de refaire Yalta et se partagent l’Europe figurée par un astucieux assemblage de valises de couleur mais l’exercice vire au numéro désordonné quand chacun imagine ce qu’aurait été le monde si la guerre n’avait pas eu lieu. De manière incongrue, les acteurs chantent des parodies de tubes musicaux dont l’intérêt n’est pas flagrant. Si l’idée de voir Mussolini chanter Le coup de soleil de Richard Cocciante peut amuser sur le papier, sur scène, cela tombe à plat comme les autres chansons. A l’opposé de quelques joyeuses embardées du texte, les propos de Gombrowicz, philosophiques et définitifs, dessinent le portrait d’un homme antipathique à la pensée fumeuse, un poète un rien lâche et égocentrique, pourtant très élégamment interprété par Erwan Ha Kyoon Larcher. Dans ses divers rôles (la mère, Jacques Derrida, Daladier) Annie Mercier est tout à fait excellente. Mais le talent des acteurs ne suffit pas à donner au spectacle la cohérence qui lui fait défaut ; la mise en scène comme le propos s’épuisent dans une trop grande confusion.

Fin de l’histoire, d’après Witold Gombrowicz ; texte et mise en scène Christophe Honoré ; scénographie, Kelig Le Bars ; costumes, Marie La Rocca. Avec Jean-Charles Clichet, Sébastien Eveno, Julien Honoré, Erwan Ha Kyoon Larcher, Elise Lhomeau, Annie Mercier, Mathieu Saccucci, Marlène Saldana. Au théâtre de la Colline jusqu’au 28 novembre 2015. Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30. Durée : 2h45. Tél : 01 44 62 52 52.
www.colline.fr

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