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“Filmer le théâtre est un art vivant”

par Gilles Dumont

Pascal Peyrou, Directeur général de la COPAT

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Webthea : Pascal Peyrou pouvez-vous nous présenter la COPAT dont vous êtes le Directeur général ?

Pascal Peyrou : La COPAT, Coopérative de production audiovisuelle théâtrale, est un regroupement de théâtres dont la création a été marquée par une triple préoccupation. La première est un souci de mémoire, correspondant à une volonté de garder une trace des plus grands succès. La deuxième est de faire en sorte que la manière de filmer le théâtre évolue de façon à retrouver les faveurs des chaînes de télévision. Et enfin, la troisième, est de maîtriser les droits de suite sur l’exploitation audiovisuelle des pièces de théâtre. Les théâtres, qui prennent les risques financiers d’une production théâtrale, restent ainsi détenteurs des droits quand le spectacle connaît un succès au-delà de sa première exploitation sur les planches.

Webthea : Depuis 1996, vous avez acquis une grande expérience de la captation du spectacle vivant avec plus de 100 pièces de théâtre à votre catalogue. Comment se fait le choix des spectacles ? Est-ce que tous les spectacles peuvent être filmés ?

Pascal Peyrou : Le catalogue de la COPAT s’est constitué sur un large éventail regroupant l’ensemble de ce qui se fait dans la création théâtrale : de la comédie au spectacle de création d’avant-garde, avec cette idée de rechercher la qualité dans tous les genres. Cette diversité se retrouve dans les membres de la coopérative qui regroupe des théâtres privés comme des théâtres subventionnés, sans oublier une dimension francophone avec des théâtres belges et suisses. Sur les vingt pièces que nous filmons par an, toutes ont obtenu un succès public et critique, et dix ont été pré-achetées par les chaînes de télévision. L’autre moitié est représentée par des pièces considérées par notre comité de sélection comme étant suffisamment intéressantes et de qualité pour être filmées. Ce comité est constitué de directeurs de théâtre tirés au sort et renouvelés régulièrement ce qui permet de faire cohabiter tous les théâtres sur un strict plan d’égalité.

Webthea : Les principes de la captation vidéo et de la re-création soulèvent des questions et ne font pas toujours l’unanimité dans la profession. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

Pascal Peyrou : Les choses ont beaucoup évolué. Aujourd’hui, pratiquement toutes les pièces peuvent être filmées en restituant la dynamique du théâtre avec l’efficacité du cinéma. On peut mettre au service d’une captation tous les outils techniques les plus avancés de la vidéo et de la télévision. Les caméras à l’épaule, les travellings, un habillage, des effets spéciaux, etc. Mais cela reste toujours un exercice très subtil. Nous préférons la captation à la re-création car la présence du public est à nos yeux plus qu’importante, elle est essentielle. Nous en avons fait notre principe : “Filmer le théâtre est un art vivant”. Il y a derrière chaque captation une chaîne de compétences et de talents qui est très importante. Un vrai savoir-faire à tous les niveaux.

Webthea : Est-ce que l’on ne vous accuse pas parfois de trahir le spectacle ? Une fois sur DVD, s’agit-il toujours du même spectacle ?

Pascal Peyrou : L’essentiel réside dans la communication qui va s’établir entre le réalisateur et le metteur en scène. C’est là qu’apparaît cette notion d’”art vivant” dont je viens de vous parler. Le réalisateur va transmettre les émotions et les éléments clés de la mise en scène avec son regard et son langage, mis au service du metteur en scène. La caméra est aussi un extraordinaire outil d’amplification qui va restituer l’essentiel du spectacle et la volonté du metteur en scène.
Il n’y a pas deux captations identiques. Cela demande à chaque fois beaucoup d’imagination. Il s’installe une vraie complicité entre le réalisateur et le metteur en scène. C’est vrai, des coupes parfois sont faites, proposées par le réalisateur et acceptées par le metteur en scène, car c’est un re-travail. Un nouveau filtre.

Le support DVD offre quant à lui de nombreux avantages. Outre sa qualité numérique, il donne un prolongement au spectacle, avec des interviews des comédiens, des explications sur la mise en scène, les décors, etc. C’est un outil d’enrichissement pour tout amateur de théâtre, comme un excellent support pédagogique.

Webthea : Vous diffusez votre catalogue sur cassettes vidéo et DVD, mais aussi sur TPS, avec la chaîne Multivision. Il y a cependant très peu de théâtre à la télévision. Quels sont les freins et peut-on espérer dans l’avenir une diffusion moins confidentielle du théâtre ?

Pascal Peyrou : Il y a plusieurs canaux de diffusion du théâtre à la télévision et cela évolue. Il y a d’abord Multivision Théâtre qui donne l’avantage aux pièces de passer dans toute leur diversité et, en général, deux mois seulement après avoir été filmées. Elles sont encore dans l’actualité. De plus, Multivision Théâtre diffuse avant la pièce elle-même des interviews. Le théâtre est également présent l’été sur France 2, occasionnellement sur France 3, mais à des horaires impossibles, régulièrement sur Paris Première et sur Festival, un peu sur TV 5, et quelquefois sur TMC.

D’autre part, une diffusion plus importante du théâtre semble s’affirmer avec le développement de la TNT (Télévision numérique terrestre). Arte va démarrer une case hebdomadaire “théâtre et danse” le dimanche matin. Festival, qui devient France 4, présenterait elle aussi une case spectacle hebdomadaire, sans doute le mardi, en prime-time. C’est donc une évolution assez remarquable avec la TNT gratuite, qui va permettre une offre beaucoup plus grande avec une meilleure qualité de son et d’image. La TNT sera disponible à partir du mois d’avril, sur 60 % du territoire. La TNT va amener la diversité et la régularité indispensables au développement de la demande. Après cela, nous attendrons la décision d’une chaîne comme France 3 de proposer un rendez-vous hebdomadaire ce qui permettrait enfin de toucher tous les foyers. La quantité et la qualité de la production actuelle devraient permettre de l’envisager.
Je dois dire que concernant ces évolutions, le ministère a pris une position assez courageuse. Le ministre a insisté dans son message de la nouvelle année sur cet objectif pour les chaînes publiques d’avoir au sein de leur programme des rendez-vous réguliers à de bons horaires. Ce qui est nouveau c’est qu’il leur a attribué un budget spécifique de 20 millions d’euros. Elles ne pourront plus se défiler.


Webthea : Les théâtres privés et publics sont en difficulté. Ils connaissent une baisse de la fréquentation du public. Dans quelle mesure la diffusion du théâtre filmé peut favoriser ou, au contraire, handicaper la fréquentation des salles ?

Pascal Peyrou : C’est un principe qui est valable pour tout. Ce n’est pas parce qu’il y a de la musique à la radio qu’il y a moins de monde dans les salles de concert. Et ce n’est pas parce qu’il y a du football à la télévision que les stades se sont pour autant vidés. Je crois que plus on parle de théâtre, plus on le montre, plus le public apprend à le découvrir et à l’aimer, et plus il y aura de spectateurs dans les salles. La plupart des théâtres ont aujourd’hui franchi ce stade. Il s’agit d’atteindre par les médias d’aujourd’hui un nouveau public. La dimension audiovisuelle doit ressourcer et ré-alimenter la vie théâtrale, notamment auprès des jeunes générations.
D’autre part, la COPAT, avec le travail accompli depuis plusieurs années, qui dispose maintenant d’un catalogue de grande qualité susceptible de séduire les programmateurs de télévision, doit conduire à concrétiser sa troisième mission : apporter des ressources complémentaires aux théâtres et à tous ses ayants droit.

http://www.copat.fr

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